– Francis Dessart: „Pour «„L’ordre economique naturel“

„Est-Ouest ». L’Europe: identité culturelle et évolution, entre tradition et modernité

Dans le contexte de l’interaction intelectuelle, chacun des éléments de ces deux expressions, „identité culturelle et développement » et „tradition et modernité » se voit attribuer des connotations et des définitions fort divergentes. Il en résulte, au plan conceptuel, un conflit qui, non seulement empéche les parties de se comprendre mais, bien souvent, a l’effet négatif d’engendrer de graves mal-entendus, de la méfiance et des déceptions.

Cette situation est essentiellement due à deux facteurs: (a) le „sentiment » vague mais néanmoins marqué que les deux éléments de chacun des expressions sont antithétiques; (b) l’idée que les pays riches ont tendance, non seulement à privilégier le deuxiéme élément (à savoir développement et modernité) comme étant le plus souhaitable, mais également à déprécier le premier, considéré com-me l’obstacle à la réalisation du second. À ces deux façons de pen-ser est intrinséquement lié un jugement subjectif de valeurs, issu du contexte historique et de la réalité socio-économique qui en-tourent l’individu, le groupe ou la nation concernés. Le conflit surgit lorsque l’une des parties tente d’imposer ses vues à l’autre, et l’on aboutit alors à la rupture du dialogue.

Le conflit ne se manifeste pas toujours explicitement sous la forme d’agressivité verbale ou écrite. Mais il est constamment présent, faisant pase une menace latente sur les recontres d’intellectuels et de professionnels, particuliérement quand il s’agit d’élaborer une politique nationale dans les domaines de l’éducation, de la culture ou de la science et de la technique, ou encore de formuler un projet de „développement » dans les pays non-industria-lisés. Le fait que le pays destinataire, par politique ou pragmatisme, estime devoir faire preuve de soumission et de déférence en-vers le pays fournisseur ne signifie pas toujours que les divergen-ces intellectuelles aient été aplanies ou que le bénéficiaire se soit laissé convaincre.

Ouest – Est

Tant que la rélation restera celle d’un donateur à son bénéficiaire – évoquant l’image pénible d’un hautain dispensateur se penchant vers la main docilement tendue du quémandeur – il ne pourra y avoir de réel dialogue entre les deux partenaires. Il faut tenter d’analyser certaines expériences dans le domaine de la cooperation internationale en vue de discerner, aussi précisément que possible, l’origine des déformations de pensées les plus courantes et de pré-senter un certain nombre de propositions facilitant un dialogue plus authentique et plus efficace. Et, pour être fructueux, ce dialogue devra aller au-delà du sens et des définitions des termes pour aborder les questions de fond, dans le cadre d’un schéma concep-tuel élaboré d’un commun acord et fondé sur l’unité de vues et le désir d’aboutir.

Le dévéloppement – une menace pour l’identité culturelle?

On peut raconter deux histoires entendues. La premiére est celle d’une sauterelle envoyé comme conseiller en développement dans le pays des blattes. Dés l’atterrissage, l’expert savait déjà comment régler le probléme du sous-développement chez les ca-fards: „Toutes vos difficultés », leur dit-il, „viennent d’une seule et même cause – vous devriez sauter et non pas ramper ». La deuxiéme histoire est celle d’un singe compatissant et généreux qui voit un poisson lutter conte le courant d’une riviére en crue. Se donnant beaucoup de mal et au péril de sa vie, il se penche vers le fleuve en se suspendant d’une main à une branche et, non sans grandes difficultés, sort le poisson de l’eau. Mais celui-ci ne semble pas du tout apprécier le sauvetage, car il meurt.

La morale est claire: étant donné la spécificité de chaque environnement, une solution valable pour l’un est totalement inapplicable, sinon absurde, pour l’autre. Ce message n’est pas facilement accepté par ceux qui, d’une part, sont convaincus de leur compétence et efficacité sur le plan technique, et, d’autre part, pensent que les hommes ont partout les mêmes caractéristiques. Ils croient, de bonne foi, que la pauvreté, l’ignorance, la malnutrition, la maladie etc. peuvent être éliminées par des moyens identi-ques. Ce qui surprenait souvent, était le fait que le simple terme de développement n’ait pas partout le même sens. Selon les définiti-ons, autre fois en vogue, des manuels, le développement serait „croissance plus changement » et supposerait des plans ambitieux permettant de résoudre tous les problémes par une croissance éco-nomique rapide. Celle-ci devrait être mesurable en termes d’accroissement du revenu national par habitant, du revenu national brut, ou encore du produit intérieur et s’accompagner d’un changement, suscité par des réformes sociales et de nouvelles attitudes. Une seule chose était nécessaire: disposer d’un nombre suffisant d’économistes et de sociologues étrangers pour décider des options nationales jusqu-à ce que les autochtones aient acquis l’état d’ésprit voulu, c’est-à-dire orienté vers l’économie de marché, la compétition, l’aggressivité et l’obligation des résultats. Inutile de dire que ces idéalistes bien pensants (ou plutôt ces technocrates) reviennent de leur mission en se plaignant amérement de l’autosa-tisfaction contemplative des habitants, de l’indécision, de la corruption, du népotisme et autres défauts. Quant à savoir quelle est, dans ces assertions, la part de réel et celle qu’il faut attribuer au choc culturel subi par l’expert, on en est réduit aux conjectures.

Les pays qui reçoivent des technocrates enthousiastes ne sont pas moins deçus. Ils reprochent aux experts leur manque de pati-ence, leurs préjugés et étroitesse de vues, ainsi que leur ignorance et mépris des besoins et aspirations de la population locale. Dans la mesure où la décision de recevoir des conseilleurs dépend d’eux, ceux des pays qui sont fait, à cet égard, une mauvaise expérience refusent d’accepter de nouveaux experts ou alors préférent s’adres-ser pour l’assistance technique à des pays dont la situation est plus proche de la leur. Les statistiques montrent que l’Ouest a perdu en une décennie beaucoup de son préstige, source de conseillers techniques pour l’Est. Ce n’est pas par hasard que, de plus en plus, les pays est-européene recherchent des conseillers dans des pays de la même région. C’est autant regrettable pour l’Ouest que pour l’Est, car les possibilités d’échanges internationaux d’expériences et d’enrichissement mutuel ne cessent, de ce fait, de s’amenuiser.

L’analyse de cette situation permet de mesurer combien la re-vendication de l’identité culturelle a pu être jugée incongrue. Cer-tains traits culturels des pays orthodoxes ont été vivement criti-qués, verbalement et par écrit, comme prejudiciables au développement. Cette grande religion qui a influencé le cours de l’histoire de tout un continent a même été une fois carrément qualifiée de „poids mort pour le développement ». Le même genre de critique a été proféré contre les politiques favorables à l’adoption des langues nationales comme véhicule de l’administration et de l’éducation, voire contre la préférence pour les costumes nationales et les usa-ges traditionnels.

Quiconque a hâte de voir le monde entier coulé dans un seul moule, l’ensemble des inégalités redressées et tous les avantages de la technique moderne équitablement répartis, est certes en droit de s’irriter des obstacles que les différences culturelles, traduites dans les attitudes et les aspirations, placent sur le chemin, qu’il suit pour atteindre son but. Mais les bénéficiaires présumés de ce rapide développement dans le sens d’un monde uniformisé peuvent avoir d’autres priorités. S’ils acceptent de leur plein gré de ralentir le rythme ou de faire un détour, il faut nous demander pourquoi. Preférent-ils préserver et promouvoir d’autres aspects de la vie, l’environnement, certaines normes ou valeurs, plutôt que de cher-cher une croissance économique rapide s’accompagant de changements moraux, politiques et autres?

Revendiquer son identité culturelle a toujours été la réaction politique délibérée de tout groupe humain (grand et petit), menacé d’extinction et de subordonation. En revanche, un groupe qui se sent en sécurité, un pays dont la souveraineté ou l’indépendance ne sont pas en danger n’éprouve guére le besoin de renforcer son unification culturelle ou de proclamer sa différence. Même à l’époque contemporaine, la revendication de l’identité culturelle a toujours été plus forte en cas d’acculturation nationale ou régi-onale, de déplacement de populations ou d’adoption de valeurs et caractéristiques culturelles étrangéres par une certaine partie du groupe.

Ce qui soude des collectivités en lutte pour leur indépendance politique, économique ou culturelle dans les circonstances susmentionnées, c’est toute une série d’éléments culturels allant de la langue (qui détient le plus haut degré d’inflammabilité) à la réligion ou dénominations religieuses particuliéres.

Revendiquer son identité culturelle suppose nécessairement que l’on croie à son propre patrimoine culturel, avec ses valeurs et ses normes. La revendication de l’identité culturelle en tant qu’instrument politique de l’indépendance est destinée à produire deux effets:

a) inspirer un sentiment de fierté à propos du patrimoine nati-onal en mettant en relief, grâce à des recherches littéraires, historiques et archéologiques, les grandes réalisations du passé dans les domaines de l’art, de l’architecture, de la religion, de la philosophie, de la langue et de la littérature;

b) provoquer une méfiance à l’égard des cultures des étrangers et de leurs séides locaux, en tournant délibérément en dérision leur mode de vie et leurs attitudes.

Revendication de l’identité culturelle constitue l’expression naturelle et légitime d’un groupe en danger de disparition ou me-nacé de dépendance du fait d’une concurrence trop inégale. C’est alors le seul moyen de défence et de survie de ce groupe et il faut y voir, non pas un produit de l’insularité ou d’une étroittesse de vue, mais la manifestation d’une inquietude profonde.

Quatre phénoménes continuent de faire peser une lourde me-nace sur la souveraineté et l’indépendance socio-économique:

a) un état de dépendance économique persistant en raison d’une exploitation systématique des pays riches auxquels ils servent de fournisseurs de matiéres bon marché et de débouchés lu-cratifs pour l’écoulement des produits finis (selon un marchés systéme qui appauvrit encore les pays pauvres et enrichit les riches);

b) une tendance croissante à considérer l’information, les connaissances et le savoir-faire comme des „produits » qu’il faut ache-ter trés cher, ce qui, faute de moyens financiers, prive les pays pauvres des avantages du progrés scientifique et technique;

c) l’hémorragie des compétences qui fait perdre aux pays de l’Est l’élite de leur main d’œuvre, dont la formation et l’apprentissage initial a représenté d’énormes investissements;

d) l’impact des mass-media qui, principalement axés sur le di-vertissement, diffusent essentiellement du matériel étranger trés é-loigné des valeurs culturelles nationales.

Si, en raison de ces facteurs, en particulier les deux derniers, les pays concernes craignent sérieusement de voir un sentiment d’aliénation s’emparer de leur population, notamment des jeunes, il convient de faire la nécessaire pour apaiser ces craintes. Dans un tel contexte, il faudra considerer dans un esprit constructif et avec compréhension les concept d’auto-responsabilité et concepts déve-loppement endogéne.

Dans quelle mesure les experts sont-ils capables d’accepter l’i-dée que le „développement » doit être un processus modeste et progressif, permettant d’atténuer peu à peu, puis d’éliminer éven-tuellement, la faim, la malnutrition, la maladie, l’ignorance, l’exploitation et les inégalités sociales? Quelle importance sont-ils prêts à accorder à l’amélioration de la qualité matérielle de la vie pour les masses, au lieu d’encourager une croissance économique rapide favorisant l’apparition de quelques flots de riches privilégies qui s’emparent alors des moyen de production? Dans quelle mesu-re voudraient-ils admettre que les peuples dotés d’un riche patrimoine culturel, y compris de philosophes de vie réputées depuis des siécles, préférent sauvegarder leurs normes et valeurs, même au prix de grands sacrifices au plan du confort matériel?

Les besoins et aspirations des différents peuples méritent d’ê-tre étudiés de maniére attentive et exhaustive. Alors seulement on pourra trouver des normes et des formes de développement accep-tables par les parties. En attendant, on faciliterait considérablement la confiance réciproque et la coopération si l’on ne demandait pas aux blattes l’impossible exploit de sauter comme des sau-terelles, et si l’on ne retirerait pas les poissons de l’eau avec l’idée saugrenue de les sauver.

Développement = modernisation + occidentalisation: une équation fausse.

Les craintes et préjugés qui conduisent à faussement opposer identité culturelle et développement paraissent également jouer pour les notions de tradition et modernité. L’idée selon laquelle modernisation égale occidentalisation découle, en fait, de l’hommage que le monde a rendu durant le XIXéme siécle à l’Europe occidentale pour ses progrés scientifiques et techniques spectaculai-res. Même des pays qui ne furent jamais colonisés (le Japon, l’Ethi-opie et la Thailande, pour citer des exemples remarquables) ont re-connu le profit qu’ils ont tiré des systémes, institutions, procédés et méthodes mis au point par l’Ouest. Qu’il s’agisse de routes, che-mins de fer, télécommunications, moteurs, machines et usines, écoles et bureaux systémes et méthodes de gestion, investissements etc., les initiatives prises par l’Occident ont été suivies, leur utilité pratique ou plutôt leur caractére indispensable s’imposant à l’évidence. Ces progrés ont fait disparaître nombre de pratiques traditionnelles et personne ne les regrette. Mais tous ont en commun une caractéristique: ils ne concernent que la périphérie de la vie de l’individu et, pour la plupart, ne trouchent qu’un groupe res-treint de la population. D’une maniére générale, ils améliorent le confort matériel de ceux qui peuvent se les offrir.

Que le même désir de modernisation ne s’étende pas à des aspects plus profonds du mode de vie est, pour la plupart des ob-servateurs, un sujet de perplexité. Ils constatent même un refus catégorique des populations de se laisse forcer à adopter certaines innovations.

Une analyse attentive montre que cette résistance se mani-feste à l’égard d’innovations qui touchent à des matiéres cruciales pour leur survie. Un gouvernement ou un agriculteur prospére ac-ceptera d’éssayer une nouvelle technique d’irrigation ou de rotation des cultures, de nouvelles semences ou de nouveau types d’engrais. Mais le petit paysan qui ne retire que des moyens d’existence précaires de l’agriculture n’osera pas tenter l’expérience, craignant que l’échec d’une seule récolte ne mette en danger sa survie et celle de sa famille. Cette crainte de la nouveauté s’étend aux institutions sociales qui l’entourent. A ses yeux, la tradition, qui lui promet un lendemain prévisible, importe beaucoup plus que les profits maté-riels qu’experts et conseillers lui font espérer.

Pour les conseillers étrangers en ayant la mentalité, l’attitude de ceux qui s’accrochent à la tradition est réactionnaire et va à l’encontre du but recherché. Pour eux, les techniques, les produits et les méthodes modernes valent la peine d’être essayés. Ils sont, en outre, persuadés qu’on ne saurait progresser sans prendre des risques – des risques calculés, ajoutent-ils cependant. Et c’est là justement qu’on touche à la racine du conflit entre tradition et mo-dernité. Ce n’est pas que les partisans de la tradition ne soient pas conscients des avantages éventuels de la modernité, mais ils s’effraient des sacrifices que celle-ci les aménerait finalement à consentir.

Chaque foir que l’on est tenté de contester, de ridiculiser ou de critiquer les réticences d’un pays devant le modernisme et l’éco-nomie de marché, il serait bon de réfléchir un moment à deux séries de questions:

a) Cette réticence se manifeste-t-elle dans tous les cas? La radio, la télévision, l’informatique et bien d’autres produits de la technique moderne n’ont-ils pas été adoptés avec un enthousiasme évident? b) Pourquoi la sagesse collective d’une population particulére rejette-t-elle une innovation que l’expert trouve appropriée et efficace? La proposition implique-t-elle des sacrifices inhérents ou cachés qui engendrent la suspicion ou le doute? Pourquoi s’étonner de ce que les „illettrés » qui s’opposent à la modernité, soient finalement, d’instinct, plus perspicaces que les conseilleurs avec toute compétence technique?

Les anciens regrettent encore les beaux jours d’autrefois où tout le monde se connaissait dans le village qui jouissait d’une im-pression collective de sécurité. Ils interrogent et, parfois, il est bien difficile de leur répondre.

Un autre exemple concerne une proposition discutée en Inde il y a 30 années visant à remplacer l’institution traditionnelle de la familie composite, par un systéme de sécurité sociale „moderne ». Outre que certains des détracteurs de la famille composite étaient mal informés au point de la confondre avec polygamie, polyandrie et lévirat – on critiquait soit le caractére traditionele de l’institution et le fait qu’elle limitait la liberté et l’initiative de l’individu, soit le fait qu’elle n’existait nulle part ailleurs. Il fallut l’intervention de plusieurs érudits indiens, bien informés et intellectuellement cou-rageux, pour faire valoir les avantages économiques, culturels et sociaux de ce systéme de „socialisme » familial dont la qualité était prouvée par le temps. Il garantissait la protection des personnes âgées, des malades et des trés jeunes, fournissait un cadre idéal pour la croissance et le bon développement des enfants, sans conflits de générations et avec l’enrichissement culturel et le sentiments de sécurité que grands-parents, oncles, tantes et cousins contribuaient ensemble à apporter. Les partisans de la modernité avaient uniquement consideré l’efficacité d’une prise en charge des personnes âgées dans des maisons de retrate, sans penser un ins-tant à la carence affective que ressentent, dans certaines cultures, les vieillards placés dans une telle situation!

Un dialogue fructueux sur les avantages et les inconvénients relatifs de la tradition et de la modernité ne peut raisonnablement s’appuyer que sur l’ouverture d’esprit: il faut consciemment et consciencieusement se libérer des idées préconçues, des partis-pris et des préjugés. Plus particuliérement, quand les partenaires qui cherchent des solutions à long terme aux problémes d’ensemble les plus graves mettent en commun leurs expériences, connaissances et savoir-faire dans un but précis, ils devraient appliquer les prin-cipes élémentaires de la tolérance et de l’écoute de l’autre. Il est souvent utile, en ces circonstances, de se remémorer quelques no-tions de base, telles que: „Aucune culture n’a le droit de se prétendre supérieure à une autre ». „Ce qui est considéré comme scientifique à une époque peut ultérieurement devenir superstition à la suite d’une simple découverte, et vice versa ». „Il est facile de donner à une société un nouvel «équipement », mais si, dans le processus. Son tissu social et culturel se désagrége, le dommage sera irréparable ». Rien n’est plus erroné ni même intellectuellement malhonnête que de poser l’équation „Développement – modernisation – occidentalisation », au encore „Démocratie = Marketing »!

Il faut cependant lancer un avertissement. Les conseillers changent parfois complétement de bord et deviennent des défen-seurs de la tradition plus ardents que les faits ne le justifieraient. Ce peut être une réaction de défence face au choc culturel qu’eux-même ont subi. Mais ce peut être également le résultat d’une attitude romantique, davantage fondée sur l’émotion que sur l’intelligence. Un tel soutien illogique et affectif à la tradition est tout aussi dangereux que le rejet pur et simple. Exemple: l’Ecologie n’ext pas le retourà la préhistoire…

On pourrait rappler un conseil donné par le Bouddha il y a a 2.500 ans. Il disait: „N’accepte rien pour le simple raison que cela vient de la tradition ou que c’est dans les écritures, ou s’il s’agit d’une rumeur, d’ouf-dire, d’une simple supposition ou inférence ou encore… par respect pour le Maître. Pense par toi même et vois si l’idée, une fois mise en pratique, contribue au bien-être et au bonheur de l’homme; alors seulement fais-la tienne et agis en conséquence ». Cette recommandation venue du fond des âges doit nous incliner à la modestie en montrant que ce qui est souvent rejeté comme étant tradition désuéte peut contenir une sagesse immortelle sur laquelle le temps n’a pas de prise.

Conditions d’un dialogue utile

Un dialogue fondé sur le respect mutuel, la tolérance, la compréhension et la coopération évitera les piéges décrits ci dessus à propos des quatre concepts d’identité culturelle, de développement, de tradition et de modernité. Au lieu de rechercher des différences qui creusent le fossé, il faut s’efforcer de construire des passerelles.

Ce faisant, il est vital de ne pas limiter le dialogue aux interlo-cuteurs officiels actuels qui malheureusement – mais c’est une réa-lité inévitable – sont tous coulés dans le même moule de par leur formation, inclination, attitudes intellectuelles et préjugés, quelles que soient, par ailleurs, leur origine, culture ou idéologie politique. Les enceintes internationales retentissent souvent de l’écho des „convictions » d’un groupe d’intellectuels et de spécialistes, qui se ressemblent par leur mentalité et trouvent réconfort et sécurité dans leur unité de vues et communauté d’intérêts.

Mais des participants qui sont-ils vraiment le porte-parole de la culture, de l’affectivité, des modes de vie ou des valeurs? Com-bien d’entre eux sont en contact direct avec les masses, parlent et écrivent leur langue nationale, lisent dans cette langue et sont en relation prolongée avec les collectivités rurales et les citandis des quartiers pauvres? Pour que s’établisse un véritable dialogue, il faut que les participants défendent réellement les normes, valeurs et aspirations des populations dont ils prétendent être la voix. C’est aux actuels représentants des vraies idéntités nationales qu’il ap-partient d’élargir le cercle du dialogue pour que l’on puisse connaître les vues; intéréts, valeurs et aspirations, en particulier de ceux qui, pour le moment, n’ont d’audience qu’au plan national, par les médias internes.

Pour être utile, le dialogue doit être axé sur un objectif. Des échanges d’opinions, d’éxpériences et d’idées sur en plan purement académique et intellectuel ne constituent pas un véritable dialogue. L’interaction doit conduire à des résultats concrets et, à ce titre, s’accompagner d’un effort de coopération visant à résoudre les problémes que l’on a repéré en commun. Premier critére à re-tenir: Les domaines d’action doivent être ceux où l’interdépendance se manifeste clairement, la cooperation amenant chacun des deux partenaires à faire le maximum pour que la démarche soit pleinement un effort de codéveloppement.

C’est grâce à cet effort commun que le développement culturel ou, plus précisément, le codéveloppement culturel offrira de nombreuses possibilités de puiser dans les divers patrimoines tout ce qui, parmi les réalisations du passé et les expériences actuelles, contribuera à un enrichissement mutuel.

D’une maniére générale, l’Europe de l’est apport un véritable trésor d’expériences culturelles, uniques en leur genre. D’une part, ces expériences et leurs produits admirables couvrent plusieurs si-écles et sont d’une diversité et d’une richesse de thémes et de for-mes que l’Ouest tourné vers l’uniformisation culturelle peut difficilement égaler. D’autre part, elles sont le fruit d’un esprit de créativité philosophique et artistique spontanément et directement ins-piré par la nature.

Un effort commun pour faciliter à chacun l’accés au meilleur des expériences culturelles des partenaires ferait peut-être émer-ger de nouvelles formes de créativité qui seraient le fruit du codé-veloppement. Grâce à ce processus, le dialogue pourrait alors donner naissance à des normes et des valeurs d’applicabilité univer-selle librement consenties et comprises.

Une derniére observation s’impose sur le cadre dans lequel le dialogue peut s’instaurer avec le plus d’efficacité. Les relations pu-rement bilatérales entraînant les contraîntes déjà mentionnées, il est à souligner que les réunions de coopérations multilatérales te-nues au sein du systéme des Nations Unies et d’autres organisati-ons internationales – officieles ou non – créent un climat plus favo-rable pour discuter des problémes et atteindre un consensus sur ce qu’il convient de faire et comment. Ces réunions ont aussi l’avantage de garantir le respect de la souveraineté nationale et l’éga-lité entre États, puisque chacun y dispose d’une voix, quelle que soit sa dimension ou sa situation économique.

La langue italienne, a un terme „esteromania » (la manie d’imi-ter l’étranger). Que ceux qui a l’Est de l’Europe veulent vendre leur âme contre quelques „devises », réfléchissent à l’inconscience de leur geste et qu’ils ne soient pas les fossoyeurs de leur Histoire!

FRANCIS DESSART

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