Stefan Dumitrescu: „Le Rire“

TRADUCTEUREN FRANCAIS IULIAN POPESCU

Pièce de théatre en quatorze tableaux


Les personnages (dans l’ordre de leur apparition sur scène)
Jean Alain – psychiatre
Ivan Harachev
Spectateurs – 1,2,3,4,5,6,7,8,9,10
L’assistant
La secretaire
Le Ministre de l’economie
Le Ministre adjoint de l’economie – Serban Déssay
Louis Pastel – psychiatre
Madame Romanenco
Henri Coman
Elisabeta Coman
Les deux fils
Iuliu Pisaro – Président du Conseil national d’anthropolgie
Cesar Verdi , Emanuel Bruno , Elisabeta Coman – anthropologues
Le Premier Ministre
Ministres
Li Tai Ne – futurologue
Madame Li Tai Ne
Hermann Herbert – professeur universitaire
Les étudiants
Nicola Gama – famille ordinnaire
Margrit Gama
Leur fils
Le patient

(L’action de la pièce se déroule dans l’État Humana sur l’île avec le même nom. Il s’agit d’un proche avenir, pas très lontain)

Ier tableau

(le cabinet du psychiatre Jean Alain . Il est au bureau, il porte des lunettes. Dans le cabinet entre Ivan Harachev , biologue)

– Jean Alain : (en levant les yeux du livre qu’il consulte) : Entrez, s’il vous plaît !

– Ivan Harachev : Bonjour Monsieur le Docteur. Je peux?

– Jean Alain : Oui, oui, entrez! (il l’invite a prendre place sur la chaise devant lui).

– Ivan Harachev : (quelque peu précipité): je ne suis pas ici pour moi, Monsieur le Docteur. J’y suis pour vous solliciter une consultation pour mon ami qui, comme moi, est aussi biologue. Ahh.., pardon! J’ai oublié de me présenter… Ivan Harachev … (il se met deboutet tend la main au docteur par dessus le bureau).

– Jean Alain : Je vous écoute Monsieur Harachev!

– Ivan Harachev : Mon ami, j’ai oublié de vous dire comment il s’appelle : Teo Foucuda. Mon ami et moi, nous travaillons ensemble, au centre de recherches écologiques dans les montagnes.Je le connais bien, nous étions des collègues de faculté (il commences soudain à rire, ha, ha, ha). Il était un jeune sérieux, très capable (s’enthousiasmant de plus en plus). En fait, je ne pourrais pas vous dire quand cela a commencé. Mais moi, je crois qu’il s’agit de quelquechose de pathologique. Il riait depuis longtemps, même avant cette histoire, pratiquement depuis quand il est né. C’est normal, non?! (il commence de nouveau a rire ha, ha, ha!)

Jean Alain (tout en le regardant avec attention, il sourit et puis il rit doucement lui aussi)

Ivan Harachev : (devenant tout à coup sérieux) : je voudrais vous demander si vous n’êtes pas occupés ou si vous n’avez pas d’autres cas plus graves? Le mien n’est pas grave, je peux encore attendre

Jean Alain : Non, non, dites! Je vous écoute. De toute façon, vous êtes venu…

Ivan Harachev : C’était il y a quelques ans, dans la soirée. On avait allumé un feu et on causait sur des problèmes de spécialité. Je me souviens que c’est alors que je l’ai entendu pour la première fois… Je crois que l’idée lui était venue à l’esprit depuis longtemps. Et maintenant j’aimerais vous poser une question : pourquoi l’homme rit-il ?

Jean Alain : (un peu surpris) : A quoi pensez vous? Aux causes intérieures, ou bien à l’objet qui provoque le rire?

Ivan Harachev : Pourquoi l’homme rit-il? Est-ce normal?

Jean Alain : Biensûr, c’est naturel! Vous n’avez pas remarqué?! Tous les gens rient. C’est pas grave ça.

Ivan Harachev : (insistant, sur le point de rire): Mais pourquoi rit-on?

Jean Alain : Dame!… pour diverses raisons. Quand quelqun fait une plaisanterie, c’est normal de rire; quand on remarque quelque chose qui est en contraste avec l’idée que nous nous en faisons, nous rions aussi.

Ivan Harachev : Vous avez prononcé le mot “contraste”. Moi aussi je pense que c’est ici la cause.

Jean Alain : Ou bien, une certaine schématisation mécanique des gestes, des actions. Rappelez vous de Chaplin.

Ivan Harachev : Vous parliez de “contraste”…

Jean Alain : Oui, le contraste fait rire.

Ivan Harachev : Voilà ce que pense mon ami: entre nous et les animaux il y a un très grand contraste et ce contraste le fait rire. Depuis lors il rit trop. Le simple fait de voir un serpent ou un autre animal le faisait rire aux éclats. Et il riait pendant des heures entières, les mains au ventre. Il y avait mal. Des larmes lui coulaient sur les joues (ha, ha, ha). Au début, moi et ma femme, nous nous sommes fait des soucis. Je le regardais rire et j’étais stupéfié. Ensuite, quand il nous a explique, nous avons aussi commencé à rire. Au début calmement, mais puis il nous était impossible de nous arrêter.

Jean Alain :Oui, je vous écoute.

Ivan Harachev : Au début c’était intéressant. Les premiers mois, la première année. Je vous dis… il s’esclaffait et ainsi il nous faisaait rire aussi. Il rayonnait la bonne humeur. Si l’on était dans un groupe plus nombreux, et ça n’allait pas, il changeait vite l’ambiance. Ensuite il a commencé à tuer les animaux. Quand il voyait un oiseau volant au dessus de nos têtes, il riait à se tordre, il la pointait avec son fusil et … boummm!!.. ha, ha, ha!

Jean Alain : (suivant avec attention) : Oui, continuez…

Ivan Harachev : Après que l’oiseau était tombé par terre, il cessait de rire. Et c’est ce qui m’a étonné. Mais j’ai remarqué que sa femme restait près de l’oiseau ou de l’animal abatu et commençait à rire encore plus fort. Elle y restait une journée toute entière riant aux sanglots, les mains au ventre. Lui, il partait et la laissait rire.

Jean Alain : (de plus en plus étonné): Ah oui?! Racontez! C’est très intéressant ce que vous dites. Cela commence à me faire rire. ha, ha, ha! Bizzare, ha, ha, ha!

Ivan Harachev : ha, ha, ha, ha, ha! N’est ce pas? Je ne croyais pas à mes yeux, je les frottais pour voir si c’est pas un rêve. Je la voyais rire a côté de l’animal, les mains au ventre. La premiére fois j’ai cru qu’elle était folle, ha, ha, ha. Mais il n’en était pas question. Elle était parfaitement normale. Ensuite je me suis habitué avec elle et j’ai commencé à rire moi aussi. Moi et elle, nous étions maintenant ceux qui riaient le plus. Dans une année j’ai mis 20 kilos de plus. Regardez-moi maintenant après quatre ans pour voir comme je suis…

Jean Alain : Ca c’est grâce à la bonne humeur!

Ivan Harachev : Un instant, que je vous explique. Vous allez voir… ha, ha, ha! Ahh, que ça fait rire… ha, ha, ha! Je les ai demandé pourquoi ils rient. Ha, ha, ha, ha! (se tenant les mains au ventre. Les larmes dégringolent sur ses joues)

Jean Alain : (le regardant avec plus d’attention, perdant sa patience): Dites! Je vous prie…

Ivan Harachev : Eh bien, il dit que toutes les espèces d’animaux nous sont inférieures. L’homme est le seul qui s’est soulevé au dessus d’elles. C’est pourquoi nous devons en rire. Un animal me fait rire justement par son manque d’évolution. Et ainsi je ris à me tordre toutes les fois que je vois un animal. Alors, pour m’arrêter de rire, je le tue. Et la seconde même où je le tue il ne s’agit plus d’un animal. Ha, ha, ha! (il rit longtemps. Quand il se remet de son état…) En voilà une idée… Ce ne’est plus un animal!…

Spectateur 1 – placé au fond de la salle : ha, ha, ha, ha!

Jean Alain : (en notant quelque chose): Alors, c’est quoi?

Ivan Harachev : Il dit qu’à partir de ce moment précis, l’animal n’est plus animal, il devient matière… quand je l’ai entendu dire cela, je suis resté bouche bée.

Spectateurs 1 et 2 (qui se trouve au milieu de la salle) : ha, ha, ha!

Jean Alain : (le regardant de plus en plus étonné et apeuré)

Ivan Harachev : Ha, ha, ha! La seconde même ou l’animal devient matière, il devient tout. L’homme n’a plus le droit d’en rire, il doit même s’y prosterner. Parce que l’animal est maintenant quelque chose de plus grandiose que l’homme, il est au dessus de l’homme. Ha, ha, ha! (en se tenant les mains au ventre, il s’affale sur le bureau)

Jean Alain : (après beaucoup de temps, le regardant avec pitié, mais avec intérêt aussi): Monsieur Ivan Harachev, calmez-vous! Je vous prie! (il lui offre un verre d’eau; celui-ci boit). Essayez, s’il vous plaît, de ne plus rire, pour que vous puissiez me raconter tout.

Ivan Harachev : Hi, hi, hi! (les mains au ventre): Oui, Monsieur le docteur, je ferai de mon mieux. Mais comment ne pas rire quand on le voit s’incliner devant l’animal mort, comme devant une icône, sérieu et grave pendant que sa femme se roulait par terre de rire. Elle se pâme de rire. Une fois il a fallu lui mettre de l’eau dessus pour qu’elle se remette de son état. Ha, ha, ha, ha!

Spectateurs 1,2 et 3 (riant à haute voix dans la salle) : Ha, ha, ha, ha!

Jean Alain : (très sérieux, grave): Mais sa femme, pourquoi est-ce qu’elle rit, Monsieur Harachev?

Ivan Harachev : (un peu plus calme): sa femme dit ceci… ha, ha! Voilà ce que dit sa femme et c’est Teo qui lui a mis cette idée dans la tête. Il faut rire de toutes les espèces d’animaux qui, sur l’échelle de l’évolution, se trouvent au dessous de l’homme, parce qu’elles lui sont inférieures. L’homme leurs est supérieur par le rire. Aucune autre espèce d’animaux ne peut rire, sauf l’homme. Et alors pour démontrer sa supériorité face aux animauxl’homme doit en rire. En rire autant que possible et même plus. Ha, ha, ha! hi, hi, hi! (se penchant sur le bureau a cause du rire)

Spectateur 1,4,6 (riant dans les coins da le salle) : Ha, ha, ha, ha, ha!(La salle contaminée commence a rire elle aussi. Quelques uns regardent indignés les spectateurs 1,4,6 qui rient)

Ivan Harachev : Jusqu’ici rien de différent par rapport à son mari. Mais elle croit qu’une fois l’animal mort, il est tombé encore plus bas, avec des milliards d’années, sur l’échelle de l’évolution. Ainsi, il est encore plus méprisable qu’il ne l’était avant. C’est pourquoi elle rit avec encore plus d’entrain. Elle rit sans pouvoir s’arrêter. Ha, ha, ha, ha, ha!

Jean Alain : (nottant quelque chose dans son journal d’observation): Essayez de vous contrôler Monsieur. Dites-moi, s’il vous plaît, si elle a d’autres bizzareries encore, quelque chose d’anormal…

Ivan Harachev : Hi, hi, hi! (s’étant quelque peu remis de son état): Attendez, que je vous raconte. Ce moment là, quand ils se trouvent devant l’animal et lui, il est grave et sombre, pendat qu’elle se roule par terre de rire, c’est bien le moment le plus comique. Le rire me terrasse et, comme sa femme, je me roule aussi par terre. Nous devenons ivres de rire, et lui, il part furieux, nous laissant dans notre état. Et cela a continué pendant presqu’une année, huit mois plus précisement, et pourtant ils ne se sont pas séparés. Mais maintenant ils ne s’entendent plus. Il se promène seul, sans désirer la voir! Il observe les animaux, rit à se tordre, ensuite il les fusille, les tue et soudain il s’arrête de rire et il part plus loin. Moi, je restais avec sa femme, ha, ha, ha, ha, ha! On riait ensemble comme des fous et ensuite on commençait à le chercher. Dans peu de temps je me suis rendu compteque s’ils réussissent à convaincre d’autres gens aussi, ils vont massacrer tous les animaux de l’île. J’ai essayé de les convaincre, de les arrêter, mais je n’ai pas réussi.

Jean Alain : (essayant d’intervenir) : Monsieur Harachev…

Ivan Harachev : Attendez! Que je vous raconte ha, ha, ha, ha! Vous vous rendez compte que de travail, il n’en était plus question. Après tout, nous, comme biologues, nous avons le devoir de préserver l’équilibre écologique du système. Mais, en fait, depuis deux ans,nous ne faisons rien d’autre que rire et tuer les animaux. Je vous dis que le système écologique du pays est en danger. C’est pourquoi je suis venu chez vous. Il faut les arrêter. Que peut-on faire avec eux avec mes amis? Il a réussi a convaincre aussi les bilogues du centre de recherche voisin où il est allé. Et maintenant ils rient tous, sans pouvoir s’arrêter. Ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha! C’est pourquoi je suis venu chez vous!

Spectateurs 1,2,3,4,5 (rient dans la salle)

Jean Alain : Comment s’appelle-t-ils vos amis?

Ivan Harachev : (sans réussir à arrêter son rire): Foucuda, les époux Foucuda. Ha, ha, ha, ha!

Jean Alain : (prenant des nottes) : et combien de biologues y a-t-il dans l’autre centre?

Ivan Harachev : (arrEtant son rire): Dis, et tous hommes.

Jean Alain 😦il sonne pour appeller son assistant qui apparaît de suite): Monsieur Harachev, entrez s’il vous plaît dans le cabinet voisin! (resté avec l’assistant): écoute, il faut le faire passer quelque tests. Tout d’abord le test de mémoire et d’attention , ensuite le test Colerius. Si les résultats ne sont pas normaux il faudra l’interner. Et dis à la sécrétaire de venir ici! (L’assistant entre dans le laboratoire par la même porte que Ivan Harachev. La sécrétaire fait son apparition.)

Jean Alain : (debout devant son bureau): Voilà ce que je vous prie: donnez un coup de fil au département de la sylviculture et informez vous sur l’activité des biologues du centre des recherche écologiques des montagnes. Dites-leurs que nous avons des preuves que ces biologues mmassacrent les animaux. S’ils confirment, je voudrais que les époux Foucuda soient amenés ici pour des investigations.

La sécrétaire (se dirigeant déjà vers la porte): Oui, Monsieur le Docteur.

Jean Alain : (inquiet): Et encore quelque chose s’il vous plaît. Il ne faudra pas leur dire qu’ils viendrons dans une clinique de psychiatrie.

La sécrétaire: J’ai compris, Monsieur le Docteur! (elle sort)

Jean Alain : (reste debout l’air pensant. Il allume une cigarette et se promène à grands pas dans la chambre)

L’assistant ( revient avec les resultats): Les resultats sont parfaitement normaux Monsieur le Docteur. Normalité absolue des fonctions psychiques. Qu’est-ce qu’on fait?

Jean Alain: (vérifiant les tests): On le laisse partir! Mais pas avant de lui demander l’adresse où on pourra le trouver. Ou mieux, dit lui de revenir dans une semaine. Le cas m’intéresse. Bizzare.

IIeme tableau

(Après une semaine. Le cabinet du Ministre de l’économie. Le Ministre assis à son bureau, plongé dans des dossiers de travail).

Serban Dessay :Je dérange Monsieur le Ministre?

Le Ministre : Ah, non, non, mon cher! Même au contraire. Je t’attendais. M’as tu apporté le plan du dernier trimestre? Quelle est la situSerban Dessay : (qui s’est assis à côté dans un fauteuil): C’est excellent Monsieur le Ministre. Un excédent inattendu par rapport au plan. (Il dépose sur le bureau du Ministre les documents).Vous allez voir, c’est incroyable…

Le Ministre : (feuilletant ses documents): Oh, la, la!…(après quelque temps).Mais c’est impossible. Je te prie de vérifier encore une fois. Je crois qu’on a du faire une erreur sur l’ordinateur, ou, sinon, c’est que les chiffres n’étaient pas correctes. C’est impossible.

Serban Dessay : Il est inutile, Monsieur le Ministre,. J’ai déjà verifié. Quand j’ai vu les chiffresje n’ai pas voulu y croire non plus et alors j’ai prisle centralisateur des données. Il n’y a aucune erreur. Et les chiffres reçues de divers centres du pays sont objectives.

Le Ministre : (levant les yeux. Rayonnant de joie) : Alors c’est excellent! Après demain, quand je vais rapporter au premier ministre, nous aurons ses félicitations. (il frotte ses mains, tant il est satisfait. Après quelque temps).. Et pourtant il faudra vérifier encore une fois. Met en fonction le système de contrôle détaillé.

Serban Dessay : Inutile Monsieur le Ministre. J’ai déjà vérifié. Trois vérifications extrêmement détaillées ont été faites, Moi, je dis qu’il faudra mieux penser comment fêter cet événement et comment faire de la publicité à ce sujet. Ha, ha, ha, ha, ha

Le Ministre : (dans une bonne humeur de plus en plus évidente. Il sonne): mon cher, il ne faut pas se rejouir trop tôt. Prenons toutes les mesures de précaution avant de crier sur tous les toits notre succès.

La sécretaire (entre avec un plateau sur lequel se trouvent une bouteille de cognac et des verres. Des cigarettes aussi).

L’adjoint : J’ai pris toutes les mesures de précaution, Monsieur le Ministre. Nous sommes imbattables.

Le Ministre (la sécretaire sort. Il tringuent leurs verres) : alors… pour notre succès! (pause) mais. Mon cher, je ne peut pas m’expliquer comment la production a pu doubler par rapport à ce qui était prévu dans le plan As-tu fait quelque chose? Y a-t-ilquelque chose de nouveau dans l’économie? Il m’est encore difficile à croire…

L’adjoint (riant) : Ha, ha, ha! A moi aussi, Monsieur le Ministre. Dans ces quelques mois, on a introduit dans le procès technologique seulement cinq innovations. C’est pas beaucoup. Et pourtant la production a doublé.

Le Ministre (devenant sérieux) : Et comment vous vous expliquez cela?

L’adjoint : Sachez que je n’ai pas pu trouver une explication valable. Pratiquement je n’en connais pas les causes précises.

Le Ministre : (s’impatientant) : Alors, qu’est-ce qu’on fait? Si c’est un trompe à l’oeil? Quelqun veut peutêtre se moquer de nous

L’adjoint : Monsieur le Ministre, je vous repette, tout est bien réel!

Le Ministre : (feuilletant de nouveau les documents): Je vois que les signatures sont authentiques. Fait-moi comprendre! Nous devons être prudents, mon cher. (Il relit avec la plus grande attention les papiers)

L’adjoint : Comment je me l’explique Monsieur le Ministre? Si vous vous rappellez, au trimestre antérieur, nous avons dépassé la production 1,5 fois et nous ne nous sommes pas étonnés. Maintenant nous l’avons dépassée deux fois. (Pendant ce temps dans un bureau voisin on entend des rires. Puis, c’est comme si les rires deviendraient de plus en plus lontaines. Les deux se rejouissent). Pourquoi en serait on étonnés? C’est très bien! Cela veut dire que nous avons une économie saine et efficace. Le niveau de vie de la population sera meilleur et l’export de même.

Le Ministre : Mais, il faut en connaître les causes, n’est ce pas? D’autant plus qu’on peut les utiliser pour stimuler la croissance de la production et de l’efficacité. Désigne, s’il te plaît une commission qui étudie les causes de cette croissance. (des rires venaient d’un autre bureau).

L’adjoint : Même aujourd’hui je m’en occupe, Monsieur le Ministre. Mais permettez-moi de présenter mon point de vue. Le problème m’intéressait depuis le premier trimestre. Voilà ce que m’ont raconté les chefs d’entreprises à une rencontre, il y a deux mois. Je leurs avais demandé qu’est-ce qu’ils ont fait, quelle mesures ont-ils pris pour avoir une telle croissance de la production? Ha, ha , ha! Vous n’allez pas me croire. Un directeur me disait : Monsieur le ministre, je n’ai rien fait, j’ai en revanche remarque une bonne humeur au sein des ouvriers et quand j’ai vu cela, je l’ai encourage de tous le moyens. Vous n’allez pas me croire, mais dans les usines les gens ne travaillent plus les sourcils froncés, ils se sourient, ils rient. C’est une bonne humeur contagieuse qui règne partout et j’ai donné l’ordre de préserver ce climat de travail.

Le Ministre : (levant ses yeux): Et vous croyez cela? Hummm… (des rires montent des rues)

L’adjoint : J’en suis convaincu. (souriant)

Le Ministre : hummm… c’est possible. La bonne humeur pourrait acroître la capacité de travail de l’homme, son rendement… c’est normal, mais, une production double mon cher… je trouve que c’est trop.

L’adjoint : (riant): Ha, ha ,ha! Et pourtant, c’est comme ça Monsieur le Ministre. Ma foi! Ce trimestre la production va tripler. Je vous donne ma parole. Ha, ha, ha, ha!

Le Ministre : (riant lui aussi): Ainsi soit-il! Bonne chance! (après quelque temps). Si tel serait le cas, ce serait excellent. Imagine que si l’on avait doublé les investissemnts, la production n’aurait certainement pas crû deux fois.

L’adjoint (riant) : Ha, ha, ha! C’est sûr Monsieur le Ministre. J’en suis convaincu.

Le Ministre (frottant ses mains) : Alors mon cher c’est excellent. Ordonne aux directeurs de toutes les unités economiques de cultiver le rire. Ha, ha ,ha, ha! Ca alors!… Je n’y aurait jamais pensé. En voila une idée, mon cher! Le rire! Rien que rire!Ha, ha , ha ,ha!ca me fait rire!

L’adjoint : Ha, ha , ha ,ha! Ce trimestre ce sera le triple, monsieur le Ministre. Vous allez voir, ha, ha, ha, ha, ha, ha!

Le Ministre (raisonant) : Si ça continue comme ce dernier trimestre, alors, cette année-ci sera la meilleure de l’histoire économique du pays. La production sera cette anée comparable à celle des cinq dernières années prises ensemble. C’est génial! (se frottant les mains)

L’adjoint : ha, ha, ha! Je vous le promet Monsieur le Ministre. Ce trimestre on aura une production qui va croître trois fois. Ou même quatre fois…

Le Ministre (heureux) : ça serait très bien… très bien! Bonne chance, mon cher! Tu m’as fait une belle surprise aujourd’hui!

L’adjoint : Ha, ha, ha! Je pense que nous ne sommes pas les seuls à se rejouir, Monsieur le Ministre. A cette heure-ci des millions de citoyens de notre pays sont heureux.

Le Ministre (se mettant débout) : Tu as raison, mon cher! Il faut d’abord penser aux gens. Et cette année-ci le niveau de vie aura une croissance exceptionnelle.

L’adjoint : Biensûr!

Le Ministre (riant) : alors pensons dès maintenant à quelques médailles… (il lui fait un clin d’oeil)

(les deux rient satisfaits. Dehors on entend des rires)

Le Ministre (il remplit les verres) : Encore une fois, mon cher, beaucoup de chance. J’éspère que ça ne te dérangera pas si je vais faire une nouvelle vérification personnelle. (il le conduit devant la porte riant)

L’adjoint : Je vous le repette: il est impossible de trouver une erreur. (il sort. Le Ministre revient rayonnant de joie)

Le Ministre : Humm… diable! Je n’ya avait jamais pensé! Mais ce sera ma meilleure année!je dois m’en occuper et même écrire un livre. Une nouvelle théorie économique

(Dans la salle les spectateurs 1,3,6,8 rient de manière agaçante)

IIIème tableau

Après une semaine. Le cabinet du docteur psychiatre Louis Pastel. Le psychiatre est un homme âgé; il porte des lunettes, il est chauve. Il est huit heure du matinet il se promène les bras croisés dans la salle, attendant des clinets. Une dame en fleur de l’âge, y entre.

Madame: Bonjour Monsieur le Docteur! Est-ce que je peux entrer?

Louis Pastel : Oui, oui, biensûr! Entrez, Madame, s’il vous plaît! (il l’invite prendre place sur le fauteuil qui se trouve devant son bureau, pendant qu’il s’assoit sur sa chaise. Il ouvre son journal). Je vous écoute Madame.

Madame (qui s’agite): Monsieur le Docteur, je vous demande l’aide dans un problème très délicat. Il s’agit de mon mari qui est fonctionnaire. Il y a deux ans il a lu un livre. Je ne sais pas lequel, mais pour deux semaines il ne cessait plus de m’en parler affolé. Il en était enthousiasmé. Al’époque c’était pas cela qui me préoccupait. Mais depuis, Monsieur le docteur, mon maria complétement changé. Au début sans excès. Ila eu une période de silence. Il semblait méditer, reflechir, il ne prenait pas part aux disussions, il était presque devenu un autre. Plus calme, plus sage , il jugeait les choses d’en haut et j’en était contente. Puis, de cette position de supériorité il a commencé à étaler une sorte d’ironie à l’égard de certains gens. Jusqu’ici, rien d’anormal. Mais après quelque temps il a commencé à se moquer de plus en plus de gens. Beaucoup d’amis l’ont quitté! Et au lieu de souffrir, cela l’a rejouit. Il a commencé à s’en moquer: l’un serait comme ci, l’autre serait comme ça, un autre ferrait cela… Au début il riait et puis il s’arrêtait normalement. Mia puis il a commencé à rire de plus en plus. Moi aussi je riais avec lui, surtout que c’était drôle. Pourtant, après quelque temps. Ce rire est devenu insupportable. Et quand je me suis rendu compte il était trop tard. Il se moque de tous… Personne ne veut lui parler. Chaque fois qu’il descend dans la rueou il regarde par la fenêtre, il rit comme un fou. Au début il avait grossi, car le rire fait grossir. Puis il a commencé à perdre du poids, à maigrir de plus en plus car, à cause du rire il ne puvait plus manger. Le simple fait de voir un homme le fait rire. Il rit à sanglots, des larmes lui coulent sur les joues, il s’étouffe, mais il ne peut pas s’arrêter. (on entend des rires dans le rues).

Louis Pastel (la regardant avec attention) : Ne soyez pas inquiète Madame. Il y a deux semaines, un de mes collégues, Jean Alain, si vous en avez entendu parler, il s’est fait remarquer par quelque recherches importantes. Il a été mon élève. Eh bien, il m’a parlé d’un cas semblable à celui de votre mari. Et lors d’une examination très pousée, on a constaté que le patient était parfaitement sain. Donc ne vous faites pas des soucis!

Madame (qui est toujours inquiète et parle vite) : Mais, Monsieur le Docteur, on ne peut plus vivre comme ça. Imaginez une machine à rire… dès qu’il sort dans la rue il s’étouffe de rire et les gens le regardent avec stupeur. Je ne peux pas lui dire d’aller faire les courses, il ne peut aller nul part. Je le tiens fermé dans la maison. J’ai bouché la fenêtre qui donne dans la rue pour qu’il ne puisse plus voir des gens. J’ai ferme la porte pour qu’il ne sort plus. Pour sa propre sécurité, j’ai du en faire un captif, Monsieur le Docteur, un prisonnier!

Louis Pastel (se promenant l’air grave, les mains au dos) : En effet Madame, c’est ennuyant. Pourtant ce n’est pas le rire en soi qui est grave, mais la significatio que vous lui donnez, et les gens, et les mesures que vous avez prises. (dans la salle, les spectateurs 1,2,3,4,5 rient en contaminant la salle). C’est pas le rire qui en a fait un prisonnier, mais vous, les gens en général. Voilà pourquoi c’est grave. (on entend des rires dans les rues)

Madame (implorant) : Dites-moi alors Monsieur le Docteur, que dois-je faire? J’ai peur, j’ai perdu mon espoir… si vous le verriez…

Louis Pastel : Je voudrais bien le voir, lui parler. Je suis persuadé que nous nous trompons en ce qui concerne ces gens. Le Docteur Jean Alain n’a pas pris de mesure , lui non plus, contre le biologue qui riait. Le tout est de ne donner aucune signification au fait, de ne pas les considérer comme des malades, car, si on le fait, on les rend vraiment malades. Le tout est donc de feindre ne pas remarquer. Même maintenant je voudrais aller le voir, lui parler. Je n’aimerais pas qu’il vienne a la clinique.

Madame (elle s’est tournée et regarde le Docteur qui se promène agité dans la chambre): Mais je l’ai amené avec moi, Monsieur le Docteur. Il est dehors.

Louis Pastel: Quoi? Vous l’avez amené ici? A la clinique?

Madame : Oui. Mais ne vous faites pas des soucis, il ne sait pas pourquoi il est ici. Je lui ai dit que c’est moi qui vient au docteur et je l’ai prié de m’acompagner.

Louis Pastel (passant derrière le bureau) : très bien alors! Faites-le entrer!

Madame (elle se met debout et se dirige vers la porte. Déhors on entend des éclats de rire. Elle reste pour un instant bloquée, puis elle le fait entrer et ferme la porte. Elle a l’air boulversée)

Le fonctionnaire : Ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha! Il se penche à cause de son rire incontrôlable). Voilà… ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha! Voilà… encore… ha, ha… un être humain, ha, ha, ha, ha, ha, ha!

(Spectateurs 1,2 rient dans la sallequand ils voient le fonctionnaire.)

Le Docteur (effrayé lui aussi) : Moniseur, Monsieur…

Madame : Romanenco!!

Le Docteur (lui frappant l’épaule) : Monsieur Romanenco, je vous prie de vous calmer, pour qu’on puisse discuter.

Le fonctionnaire (qui ne peut pas arrêter son rire) : Ha, ha, ha, ha, ha, ha!

Les spectateurs 1,2,3,…,7 : Ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha!

IVème tableau

(Le cabinet du Docteur Louis Pastel. Le Docteur se prépare consulter M. Romanenco qui rit de manière grotesque. Ils se parlent sans pouvoir s’entendre. Tantôt le Docteur a l’air déconcerté, tantôt il rit. On entend le rire monter des rues, comme jun fleuve qui innonde tout. Du bureau du Docteur qui est au rez-de-chaussée, on voit par les fenêtres et par la porte ouverte une manifestation. Il y a du bruit, des cris, des rires, des vociférations comme pour toute manifestation. On porte des pancartes; un homme porte des affiches sur sa poitrine. Sur un drapeau on voit un visage défiguré riant comme depuis la naissance du monde. On entend des cris sauvages: “vive le rire”, “riez, riez, riez!”. Spectateurs1,2,3,4,5rient dans la salle. Le fonctionnaire Romanenco rit à se tordre et sa femme aussi. Romanenco la montre du doigt, riant comme un fou. Le docteur rit, le visage enlaidit, déformé. Quelques manifestants portent une pancarte sur lequel on voit un mort (le symbole de la mort), ils foncent dans le cabinet habillés en arléquins, masqués, poussant des cris de joie, faisants des sauts bizzares et immitant toute sorte d’animaux.Ils terrassent le Docteur et ils embrassent Madame Romanenco et son mari. Ils la prennent sur lesur épaules et commencent à courir avec elle dans le cabinet. Ils crient, ils scandent : “vive le rire!”, “qui ne rit pas est notre ennemi!”. Madame Romanenco crie elle aussi., elle agite ses bras, provoquant le rire dans la salle.C’est une image grotesque de carnaval, de fin du monde. La manifestation s’éloigne, les rires sont de plus en plus faibles, les manifestants portent sur leurs épaules les époux êomanenco et disparaissent avec eux, Soudain le silence s’installe, Le docteur, tombé pas terre essaie de se mettre debout).

Le Docteur (se frottant les yeux, essayant de comprendre): Mon Dieu, qu’est-ce qui s’est passé? Ils sont tous devenus fous?! Merde!… (il se promène amusé dans le cabinetsans se retouver. Puis il commence aussi à rire. Les spectateurs 1,2,4 rient et la salle aussi, par contagion)

Le Docteur : C’est pas mal du tout… Superbe spectacle. Personne n’aurait pu imaginer quelque chose de pareil… J’y vais moi aussi… ha, ha, ha!… (il sort, donnant l’impréssion d’aller joindre les manifestants).

Vème tableau

(Un appartement bien rangé. Ôn voit bien qu’il appartient à un intellectuel d’après la bibliothèque qui couvre tous les murs. Le pedagogue Henri Coman, sa femme, Elisabeta Coman, leurs fils, étudiants à l’université. Ils sont tous devant la télé attendant un annonce. Dans la rue on entend la foule se déferler, riant)

Henri Coman :Et pourtant je ne peux pas le croire.

Elisabeta Coman : Cherie je l’ai entendu moi même : “C’est au pédagogue Henri Coman qu’on a décerné le priix Nobel pour la paix”. Ha, ha, ha, ha!

Henri Coman : Voilà pourquoi il m’est difficile à croire (dans ses yeux on lit pourtant la joie). Mon travail est centré sur la pédagogie.

Un fils : Ce serait la première fois qu’un prix Nobel serait accordé à un pédagogue.

L’autre fils : Oui, mais c’est un travail très important, qui apporte une nouvelle conception humaniste dans l’éducation et met l’accent sur une éducation dans l’esprit de la paix, de l’entente cordiale. Connaissant le travail, moi je trouve que ce prix est parfaitement possible. Ha, ha, ha!

Henri Coman : Et à quelle huere a-t-on fait l’annonce Elisabeta?

Elisabeta Coman : Au journal de 18 heures. J’étais en train de nettoyer la poussière quand j’ai entendu la nouvelle. Au début je n’ai pas pu le croire, moi non plus. Mais c’est avec mes propres oreilles que j’ai entendu. Ha, ha, ha, ha!

Henri Coman : Tu aurais pu te tromper peut-être…

Elisabeta Coman : Non cherie, j’en suis sûre…

Un fils : Et pourtant je ne le crois pas!

L’autre fils : Mais toi, t’es un imbécile! Tu n’as même pas lu le travail et tu ose te prononcer. (s’adressant à son père). C’est bien possible papa! Ton travail est révolutionnaire dans la pédagogie, Il apporte une nouvelle conception en ce qui concerne l’éducation , l’être humain en général. C’est le travail le plus novateur dans ce omaine, le plus humain et même le plus efficace. Tes idées sont entrées dans depuis longtemps dans nos écoles, et maintenant elles sont adoptées par les écoles du monde entier. (les spectateurs 1,3,5 rient)

L’autre : Ha, ha, ha, ha! Tu me fais rire!

Elisabeta Coman : Calmez-vous, mes fils, et arrétez de vous battre! Il ne restent que 5 minutes jusqu’au journal. Ils vont surement repéter l’annonce. (on entend des rires grotesques, menaçants dans les rues)

L’autre fils : Ha, ha ha, ha!… le travail le plus osé, le plus important… tiens, moi depuis longtemps j’ai soutenu l’idée que papa est un grand rêveur. Hi, hi, hi!

Henri Coman (souriant) : Arrêtez je vous prie! Cessez de vous disputer!

L’autre fils : OK! Mais cela n’empêche que c’est le meilleur travail.

Un fils: Ha, ha, ha, ha, ha! Un travail dans lequel on affirme que c’est par le rire que l’homme apprend le mieux, qui montre que l’homme fait une meilleure adaptation à son milieu par le rire, qu’il s’épanouit par le rire, dans un milieu où on rit. C’est bien ce que tu appelle une conception pédagogique révolutionnaire? Permets-moi d’en rire, mon cher,

ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha!

L’autre fils : Tu veux faire le brave. Tu sais bien que papa aime la polémique et le rire. Ahhaa… c’est maintenant que je me suis rendu compte… ha, ha, ha, ha!

Henri Coman (les regardant) : Regarde-les comme ils rient!… (començant lui aussi à rire; il est en très bonne humeur, surtout qu’il ne doute pas d’avoir obtenu le prix Nobel.; il veut seulement entendre avec ses propres oreilles). Ha, ha, ha, ha! Regarde-les Elisabeta, comme ils font des enfatillages…

Un fils : Une pédagogie dans laquelle on rit. C’est… le cirque. HI, hi, hi, hi!

L’autre fils : Mais rappelle-toi que tu as, toi même, utilisé cette pédagogie du et les résultats sont excellents. Nous en avons profite tous les deux, mon cher. L’efficience est absolue.

Un fils : Ha, ha, ha, ha! Tu me fais rire. Une pédagogie qui te fait rire. Plus besoin du cirque, on est tout le temps en bonne hummeur.

L’autre fils : Oui, mais cet état de bonne hummeur, ce fond psychologique de joie conduit à l’assimilation d’une plus grande quantité d’informations, et encore, l’efficience formative est beaucoup plus grande.

Elisabeta Coman (souriant) : Et puis je pense, mon cher, quel effet a eu ce travail sur toute la société. Les gens sont plus heureux, toujours en bonne hummeur, les familles sont plus harmonieuses, la criminalité est en baise, l’efficience de notre économie a fait, elle aussi, des progrès importants.

Un fils : Ha, ha, ha! Tout le monde va rire.

Henri Coman (souriant) : Mais c’est ce que je me suis proposé. (on annonce l’heure exacte).

Elisabeta Coman : Silence les enfants! Ecoutons! (ils se taisent. Un des fils étouffe son rire. Le voyant, Henri Coman commence aussi a rire. On annonce quelques nouvelles)

L’autre : Ssssstt!…(Dehors on entend des rires comme venant de partout)

Le speaker : L’agence de presse CTK annonce le decernement du prix Nobel pour la paix au bienconnu pédagogue Henri Coman. Henri Coman est l’auteur d’une nouvelle conception de l’éducation, don’t l’efficience est supérieure à tous les autres systèmes éducationnels. Cette nouvelle manière d’éduquer, proposée par Monsieur Coman, conduira dans l’avenir à la formation d’un nouveau type d’homme, plus ouvert, plus libre, en meilleure santé; conduira à la formation d’un monde plus heureux, au changement de l’ambiance dans les salles de cours.

Tous : (sautent et embrassent Henri Coman)

Les spectateurs 1,2,3 rient

Elisabeta Coman (l’embrassant) : Félicitations mon cher, je suis très heureue. Ha, ha, ha, ha!

Les deux fils (le serrant dans les bras) : Bravo papa! Bravo papa! (après ce moment d’euphorie, Henri Coman rit à se tordre)

Henri Coman : J’ai eu le prix Nobel , ha, ha, ha, ha,! Et quand tu pense que je n’aurais jamais crû cela… ha, ha, ha! Ce travail je l’avais dans la tête depuis 20 ans, mais j’ai eu peur de l’écrire , de le publier, ha, ha, ha! J’avais peur que le monde ne se moque de moi, ha, ha, ha! Et maintenant j’ai le prix Nobel, ha, ha, ha, ha!

Les deux fils : Ha, ha, ha, ha1 (rient les mains à l’éstomac)

Un fils : Le plus important , c’est que nous avons gagné le prix Nobel, pour le reste… rien n’est important. Ha, ha, ha, ha1

L’autre : Le prix Nobel chez nous!? Même Dieu n’aurait pas osé y entrer, et toi… t’as le prix Nobel!! ha, ha, ha!

Elisabeta Coman : Ha, ha, ha, ha! Rions de l’esprit de la nouvelle pédagogie, ha, ha! (embrassant Henri Coman et riant). Je t’aime, cherie!

Henri Coman (riant lui aussi, tourmenté par son succès) : Ha, ha, ha, ha1

Un fils : Ha, ha, ha, ha! Mais qu’est-ce qu’on rira quand le monde rira de cette pédagogie du rire, ha, ha, ha, ha, ha!

VIème tableau

(Après six mois. Une séance du Conseil de l’Institut National d’Anthropologie. Ils sont tous des proffessuers universitaires, des scientifiques, avec une très vaste activité, reconnus dans le monde scientifique. Dans les rues on entend des rires étranges grotesques)

Iuliu Pisaro (le Président du Conseil), Cesar Verdi , Emanuel Bruno ,Elena Catina

Iuliu Pisaro : La thématique de ce Conseil National d’Anthropologie a été annoncée depuis trois mois. Nous nous proposons ici de débattre, du point de vue anthropologique , l’homme. Et surout les trîts actuels de l’homme, en corélation avec ce phénomène psyco-social, qui s’est emparé de toute la société : le rire. Nous avons déjà reçu les rapports du département d’étude de notre Institut, nous savons quelle est la situation. Voyons maintenent à quelles conclusions finales a-t-on abouti.

Cesar Verdi : Permettez-moi, Monsieur Pisaro, d’être le premier à prendre la parole. En effet, ce phénomène a pris une ampleur réelle ce dernier temps, dans notre société. Et ce qui est le plus important est que ce phénomène commence à se manifester dans le monde entier, dans toute la civilisation actuelle. J’en ai été attiré dès le début et je me suis dédié à son étude avec toute mon attention et toute ma passion. L’anthropologie se confronte à ce dilemme : ce phénomène qui s’est répandu dans toute la société, est-il spontané, comme une explosion, ou bien il est apparu lentement et donc, il puise ses racines dans l’histoire lointaine?

(Les spectateurs 1,2,7,8 rient dans la salle)

Emanuel Bruno : L’homme a toujours rit, Monsieur Verdi.

Cesar Verdi : C’est justement ce que je veux mettre en évidence: qu’en apparence il s’agit d’un phénomène d’apparition récente, mais, en essence, ses racines sont profondes, dans l’histoire humaine, dans la société humaine, dans l’étre humain.

Elena Catina : Je suis entièrement d’accord avec vous.

Cesar Verdi : Permettez-moi, Madame Catina. En effet, ce phénomène est apparu soudainement, comme une explosion et au début le fait a intrigué, surtout les psychiatres. Il nous a même effrayé. Mais ensuite nous avons remarqué qu’il n’y a rien d’inquietant dans cette histoire. Les psyciatres se sont calmés. Moi je me demande… et j’affirme à la fois, qu’il ne s’agit pas d’un phénomène spontané apparu au niveau de toute la société, mais d’un phénomène millénaire avec une évolution historique continue. Il n’est autre chose que le millénaire phénomène psychologique du rire qui, après des accumulations quantitatives et successives, a fait un saut qualitatif et … le voilà un phénomène social dont nous sommes aujourd’hui les temoins. (au niveau supérieur du bâtiment on entend des rires maladives)

ÉC : Permettez moi de vous interrompre, mais le rire a toujours été un phénomène non seulement psychologique, mais aussi social.

Cesar Verdi : C’est évident chère collègue, le rire a toujours eu un caractère social. Toutefois, de nos jours ce caractère social a pris des proportions inhabituelles, s’est emparé de toute la société comme d’une épidémie, le rire est devenu ce que les Grecques appellent un “cosmos” social et culturel.

Elena Catina : Moi je suis d’accord…

Emanuel Bruno : Et quelles en seraient, selon vous, les causes?

Cesar Verdi : Je pense que la première cause est celle de l’évolution de l’espèce humaine, de l’être humain. En effet, nous pouvons établir trois niveaux d’évolution. Les animaux ne rient pas. L’homme rit parce qu’il est beaucoup plus évolué que les animaux. Autrement dit, le rire est un indice, un indice qui nous permet de mésurer l’évolution de lêtre humain. Ensuite on peut penser que l’homme a rit au cours de toute son histoire, mais son rire est resté à un certain niveau, étant donées les conditions défavorables de l’histoire. Maintenant, ce phénomène a fait ce que j’ai déjà appellé un saut qualitatif sur l’échelle de son évolution. Mais je pense aussi qu’il ne faut pas chercher à tout prix à voir, à mesurer ce saut de l’être huamin, car c’est un processus à très long terme, et ce n’est qu’après une longue période de temps qu’on pourra se rendre compte du progrès réel de l’humanité. (les spectateurs 1,3,4 rient de manière agaçante dans la salle).

Elena Catina : Mais, Monsieur Verdi…

Cesar Verdi : Une deuxième cause. Et qui, en fair, est étroitement liée à la première, est que ce siècle grâce au développemnt technique et scientifique, grâce à la corisance continue du niveau de vie, l’être humain a été de plus en plus heureux. Cet être est plus profond, accompli presque. Par la disparition des facteurs d’anxiété qui angoissaient l’homme, le principal contenu de l’être humain… je parle ici de son psycologie… ce contenu est donc maintenant donné par la joie, le bonheur. Cette situation a lentement mené au gigantesque phénomène qui s’est emparé de toute notre société et qui se propage dans le monde entier. Voilà donc mes conclusions et je pense que c’est de ce point de vue qu’il faudra envisager le phénomène psycho-social du rire et l’évolution future de l’homme. (il finit ses mots comme un orateur)

Emanuel Bruno : En lignes générales je partage le même point de vue. Je pense que nous sommes les temoins d’un saut dans l’évolution de la société humaine, de l’espèce humaine, comaparable au passage de l’état primitif à la civilisation. Et ce phénomène doit être analysé dasn toutes ses implications sociales et humaines. Nous savons que son apparition a déclanche une croissance de l’efficience économique sans précédent. Que, gardant ce rythme, dans quelques années nous serions l’un des états les plus développés du monde. Nous avons obtenu dans nos recherches scientifiques des résultats auxquels on n’avait même pas pu rêver. Autrement dit, le rire augmente la capacité créative de l’être humain. Il faudra donc tâcher d’analyser le progrès de toutes les fonctions psychiques de l’homme. Dans le domaine d ela pédagogie, le livre du professeur Henri Coman , qui a obtenu le prix Nobel, montre que le processus formatif de l’être humain basé sur le rire atteint une efficience exceptionnelle. La capacité de la mémoire augmente avec plus de 50%, et l’attention et la résistence à l’effort intellectuel de même. Et tout cela parce que le métabolisme néuronal, le métabolisme du système biologique entier s’intensifie, ce qui conduit à un meilleur fonctionnemet. Voilà donc quelles sont les conséquences sur le plan psychologique, mais quel est alors le rapport inconscient/conscience et quels changements vont le modifier dans l’avenir. Si le rire caractérise l’humanité et il s’oppose à l’animalité, alors, ne pourrait-on envisager que par le rire l’inconscient, qui tient plutot de l’animalité, perdra peu à peu de son importance dans la psychologie de l’être humain? Et c’est la conscience qui en profitra le plus. Si tel serait le cas, on pourrait assister à un développement du cerveau et à l’apparition d’un nouveau neocortex ou à un agrandisement de celui déjà connu. En bref, voilà quel est le problème dont je m’occupe maintenant. (Des rires dans le rues). Et si nous allons subir un tel développemnt du cerveau, ne peut-on en déduire que l’espérence de vie de l’homme se modifiera-t-elle aussi, arrivant à 100 ans, ou 150, ou même 200? En d’autres termes, nous allons assister , chers Monsieurs, à l’apparition d’un nouveau type humain dans l’histoire. Et si j’ai raison, alors à coup sur une nouvelle société va naître dans un proche avenir. Ce sera une société dans laquelle l’individu pensera autrement, il sera supérieur au type humain actuel. Il aura une autre morale et les relations entre les gens seront aussi autres. Remarquons que depuis l’apparition du rire en tant que phénomène de masse, l’environnemet social n’est plus le même. Il y a plus de sérenité, de joie, de bonheur dans le monde, les gens ne se disputent plus, ils plaisentent et ils rient. Avant cela, la société était presque dévenue une société des psychopathes à cause du stress. Une société malade qui, voilà, réussit par le rire à guérir, à regagner la sérénité qu l’homme avait perdu à cause d’une histoire agitée. Àprès l’apparition du célèbre livre du pédagogue Henri çoman, tout le monde , tous les pays ont commencé à appliquer notre pédagogie et notre système d’éducation. Le psychiatre Jean Alain a publié, lui aussi , mais dans le domaine de la psychiatrie, un travail qui met l’accent sur l’importance du rire. C’est un livre qu’on traduit dans toutes les langues et qui a connu un immense succès. En plus, j’ai entendu dire que le Ministre de l’économie, après avoir constaté ce processus de développement sans précedent, prépare une nouvelle théorie économique basée elle aussi sur le rire. Le niveau de vie, après ces deux dernières années, s’est modifié de manière spectaculaire. Le progrès de la qualité de la vie a conduit à la disparition des maladies et nous savons maintenant que les hôpitaux sont vides, les médecins n’ont rien à faire. Seuls les accidents routiers font encore des victimes, mais la technique va résoudre ce problème aussi. (Le spectateur 1 rit tout seul). Autrement dit, ce phénomène immense a changé et changera les fondements de notre vie, notre façon de reflechir et de vivre. Le bonheur est le rêve millenaire de l”être humain. Que pourrit étre l’histoire sinon cette course-épreuve par laquelle l’homme a cherché son bonheur? L’histoire en revanche a été dure et elle n’a pas su apporter à l’homme que du malheur. Mais voilà maintenant que l’homme a trouvé son bonheur. Il est enfin heureux! Pensons à cette course de l’armement qui a été un vrai casse-tête pour des disaines d’années, par ce phénomène historique. Et je suis persuadé qu’il conduira à la disparition des conflits entre les Etats, entre les divers peuples et nations. Comme les individus l’ont déjà fait, les peuples vont apprendre à rire ensemble, tout en oubliant la guerre pratiquée tout au long de l’histoire. Même plus : ce phénomène aboutira dans une décenie à l’apparition d’une société humaine planétaire, harmonieuse et unitaire. Une nouvelle nation emergera: celle de l’espèce humaine, de lêtre humain. Pour la première fois l’espèce humaine ne sera plus atomisée, déchirée comme elle l’a été pendant son histoire entière l’a été pendant son histoire entière. Je pense que nous, les anthropologues, nous devrions être heureux de pouvoir assister à ce saut qualitatif de l’homme. Ce que n’ont pas réussi à faire tant de réligions, le christianisme, Napoleon, ni autres grands conquérants, aucune conception philosophique ou doctrine politique… réussira le rire : il conduira au progrès de l’humanité, à son passage dans une étape supérieure d’évolution, à la réalisation de l’unité politique du monde entier. C’est un phénomène psycho-social dont le développement n’a été prévu dans les dernières décenies par aucun futurologue. Du point de vue de l’anthropologie, nous assistons à l’apparition d’un … disons HOMO RIRUS, ce qui nous rappelle HOMO LUDICUS, mais c’est une étape que nous avons déjà dépassée. L’anthropologie sera la branche de la science la plus solicitée. Il y a beaucoup à reflechir… Voilà quel est, dans les lignes principale, mon opinion en ce qui concerne ce phénomène.

Elena Catina : Tout en remerciant à mes deux collègues qui ont très bien présenté le phénomène psycho-social du rire, je veux ajouter moi aussi quelques idées. Je vais dire seulement quelques mot, car Cesar Verdi et Emanuel Bruno ont déjà touché aux problèmes les plus importants de ce sujet. Je suis d’accord avec les idées déjà exprimées. Nous savons très bien qu’avant ce phénomène, dans toutes les cultures abondaient des problèmes tels la mort, la souffrance, le malheur, le suicide…On pourrait même dire qu’on en avait assez. Comme si ça ne suffisait pas que l’histoire de l’homme jusque maintenant était pleine de morts, de la mort en général, la culture, elle aussi, mettait l’accent sur la violence, sur la suffrance. Mais voilà que depuis quelques années, environ cinq, la culture, la littérature, la musique, en un mot, tous les arts ont commencé à se purifier, devenant plus sereines. C’est ce qui me dit que ce phénomène est apparu il y a environ cinq ans et non pas deux, comme nous serions tentés à le croire. Et je me demande s’il n’était pas apparu encore plus tôt, au début, dans des formes qui échappent pour le moment à notre observation, pour devenir ensuite le phénomène le plus important dans l’évolution de l’être humain. Ce que je propose c’est une étude détaillée et une approche exhaustive du phénomène. Ét je vais plus loin: s’agissant d’un résultat du progrès de l’homme, et à son tour, facteur de ce progrès, il est vital de savoir quels sont les moyens pour le contrôler. Ensuite, chers messieurs, j’aurais quelques remarques à faire. Monsieur le professeur Cesar Verdi a affirmé que le phénomène a des racines très profondes dans l’être humain, dans son inconscient, dans l’histoire. Mais, en principe, je suis du même avis, mais je mets cette question: s’il est apparu sur notre île, dans notre société, n’aurait-il un caractère national, étroitement lié aux traits psycho-ethniques de notre peuple? (rires).

Cesar Verdi : Permettez-moi, Madame le professeur! Moi aussi, je me suis mis cette question. Et le fait qu’il a surgit pour la première fois sur notre île, c’est un fait qui doit être scientifiquement expliqué. Mais il faut aussi se demander: si le capitalisme, ses germes, sont apparus pour la première fois en Italie, est-ce que cela nous permet d’en tirer la conclusion que le capitalisme est italien? Ou bien, si la société communiste est apparue pour la première fois en Russie, pourrait-on dire: ”Messieurs, le communsime est russe!”? Il est évident que la réponse est négative. Un phénomène historique étant déterminé du point de vue du temps et de l’espace, doit bien surgir quelque part sur le globe. Voilà la réponse que j’ai donnée: son trait essentiel est d’avoir tout d’abord un caractère humain et seulement ensuite et avec moins d’importance, il a aussi un caractère national. Le fait que ce caractère national n’a pas une importance de premier ordre est attesté par la rapidité avec laquelle il se répand dans le monde entier. Il s’agit d’un phénomène qui touche à l’humanité entière, en son ensemble.

Elena Catina : Je suis d’accord avec vous, Monsieur le professeur, mais il faut trouver les causes spécifiques qui l’ont fait apparaître dans notre société.

Cesar Verdi : Tout à fait d’accord. (tous rient)

Iuliu Pisaro (prenant la parole pour fermer le débat): Chers collègues, permettez-moi d’enoncer les conclusions finales qui résultent de notre séance de travail. C”est une rencontre très utile, mais le fait le plus digne à signaler, c’est que dès le début, nous avons tous eu une vision similaire en ce qui concerne ce phénomène. Et cela, suite non pas à une volonté de décision commune, mais suite à des démarches théoriques et épistémologiques, à des recherches scientifiques. Et nous avons içi l’indice qui nous montre que l’image que nous nous sommes faite en ce qui concerne ce phénomène, en ce qui concerne l’être humain en ce moment historique et ses perspectives d’évolution, est une image d’autant plus vraisemblable que nous y sommes arrivés de manière indépendante. Et c’est très bien que toutes nos recherches seront dirigées dans la même direction et ainsi on évitera des recherches infructueuses et une grande perte de temps. J’ai beaucoup de considération pour le point de vue exprimé par Madame le professeur Elena Catina, selon lequel il faut étudier le phénomène dans toutes ses implications. En conclusio, nous devons être très fiers que c’est à nous, à la génération d’anthropologues d’aujourd’hui que revient la mission d’étudier le saut qualitatif vecu par l’homme dans son évolution historique. (le rire inonde les rues comme un fleuve). Donc, mes chers collègues, permettez-moi de vous féliciter tous! Et maintenant chacun à sa place pour commencer le travail avec un grand enthousiasme et énergie. Je vous félicite encore une fois (il se lève) et je vous souhaite beaucoup de succès dans vos recherches.

Tous (ils se lèvent tous): Nous vous remercions!(ils commencent à parler entre eux et quittent le bureau. Le rire comique qui s’entend dehors est de plus en plus fort. Les spectateurs 1,2,3,10 rient à se tordre dans la salle).

VIIème tableau

(Après huit mois. Séance de travail du gouvernement présidée par le Premier Ministre. On analyse l’activité de tous les secteurs économiques et sociaux en fin d’année. La séance se déroule dans une atmosphère de bien être général. Aucune angoisse. On rit beaucoup. Dehors, dasn les rues on entend des rires)

Le Premier Ministre : Je prie Messieurs les Ministres de prendre place. Nous commençons la séance d’analyse de l’activité des départements du gouvernement pour cette année qui va bientôt finir. (Les rires s’arrêtent). Je voudrais que chaque Ministre fasse un rapport sur la situation du département qu’il conduit. D’ailleurs je pense que cette séance est une des plus heureuses de notre gouvernent, car la situation est excellente de tous les points de vue.

Les ministres (ils applaudissent. On rit beaucoup. Les spectateurs 1,2,3,4 étouffent leur rire): Ha, ha, ha, ha!

Le Ministre de l’économie : Monsieur le Premier Ministre, permettez-moi d’être le premier à prendre la parole, comme nous nous sommes déjà habitués (il rit tout heureux). Voilà deux ans déjà depuis quand nous avons utilisé le rire comme moyen de stimulation et relance économique, et nous assistons à une croissance de la production dans un tythme que nous n’aurions même pas rêvé d’atteindre et qu’aucun pays du monde ne l’avait atteint. Dans cette deuxième année, lannée en cours, même si je ne l’avais pas crû au début, nous avons eu une production quattre fois plus importante que celle de l’année précédente. C’est la première fois dans l’histoire qu’une telle performance économique de telles proportions est réalisée. Et nous sommes fiers que cette performance ait été atteinte par notre pays, aui a dépassé ainsi tous les autres. Actuellement, après deux ans depuis l’apparition du rire, nous sommes le pays avec le plus grand rythme de développemnt et cela dans les conditions où les investissements sont les mêmes. Le pays qui est après nous en termes de développemnt, a un rythme de croissance qui représente à peine la moitié du notre. Jusqu’ici tout va bien, Messieurs les Ministres et nous en sommes heureux. Mais il ya des soucis à se faire en ce qui concerne l’avenir, en ce sens que le rire comme phénomène social commence à se répandre partout dans le monde (il arrête de parler, il essie avec un mouchoir la sueur de son front. Un moment de silence. Il rit. Dans les rues on entend la foule rire). Et cela conduira dans beaucoup de pays à une forte croissance et je me demande s’il ne serait pas possible qu’ils nous dépassent économiquement?! Voilà pourquoi je propose que le rire soit encore plus stimulé dans notre économie. Et je regrette maintenant, même si c’est tardif, d’avoir publié au début de l’année la théorie économique basée sur le rire. Cette théorie c’est répandue dans le monde entier, alors qu’elle aurait du rester secrète.

Les ministres (ils applaudissent. Quelques uns protestent. Ensuite ils rient tous. On rit à sanglots. Les spectateurs 1,2,3,4 rient à se tordre)

Le Ministre de la santé : Monsieur le Premier Ministre! Chers collègues! Dans le domaine de la santé nous avons obtenu cette année des résultats vraiment historiques.

Les ministres (l’interrompant, ils applausdissent) : Bravo, bravo, bravo! (les applaudissements se transforment en un rire qui prend de la hauteur). Ha, ha, ha, ha, ha, ha! Bravo, bravo! Ha, ha, ha, ha!

Le Minsitre de la santé (riant lui aussi): Ainsi Messieurs, la mortalité, ha, ha, ha, ha!… La mortalité est presque tombée à zéro; nous sommes le premier pays du monde1

Les ministres (se levant debout) : hourra, hourra, hourra! (ils applaudissent) Ha, ha, ha, ha!

Le minstre de la santé : le nombre des naissances a dépassé toute attente. Nous sommes le premier pays du monde comme rythme de croissance de la natalité.

Les ministres (se levant debout): Hourra, hourra! Vive la nation humaine! Vive le peuple humain! Hourra, hourra… ha, ha, ha, ha!

Le Minsitre de la santé : L’espérance de vie a connu aussi un saut enorme et les découvertes médicales sont extraordinnaires! (il s’asseoit)

Les ministres (en applaudissant) : Bravo, bravo, ha, ha, ha, ha, ha!

Le Ministre de l’éducation : Messieurs les Ministres, dans le domain de l’éducation aussi nous avons obtenu des résultats importants. Les connaissances qu’autrefois les élèves assimilaient en 10 ans, maintenant ils le font en deux ans. C’est pourquoi, en commençant avec l’année prochaine on va completement changer la structure du système éducationnel. La quantité des informations qui sera fournie à la nouvelle générations sera dix fois plus grande. Imaginez, chers Messieurs, quels gens nous aurons dans l’avenir! (il finit son discours en levant son bras en air).

Les ministres (se levant debout) : Bravo, bravo, ha, ha, ha, ha, ha!

Le Premier Ministre : Ha, ha, ha, ha, ha! (il rit les mains au ventre)

Le Minsitre des affaires intérieures (riant lui aussi, il essuie ses larmes. Les Ministres se calment un peu) : Monsieur le Premier Minsitre, dans le domaine de la justice les résultats sont excellents aussi. Que dire encore? Nous vivons un âge d’or dans l’histoire de notre pays, dans l’histoire de notre pays, dans l’histoire de l’humanité.

Les ministres (se levant) : Bravo, bravo, bravo! Ha, ha, ha, ha!

Le Premier Ministre (les esprits se calment dans la salle ) : Chers Messieurs, nous sommes à la fin d’une année d’or dans l’histoire de notre pays. Je propose de fêter l’événement avec de la champagne (tous rient à se tordre)

Les ministres: Hurra, hurra, hurra, hurra! Ha, ha, ha, ha, ha! (les spectateurs 1, 2, 3, 4 rient à gorge déployée)

VIIIème tableau

Dehors on entend l’eternel rire homérique. La bibliothéque du futurologue Li Tai Ne. Il a le front proéminent, les lunettes en or et une barbe rousse. Il lit le journal. Il commence à rire.

Li Tai Ne : Ha, ha, ha, ha, ha! Et ça c’est ce qu’on appelle un “communiqué” de la séance du gouvernement…ha, ha, ha, ha! “Communiqué”… humm… ça me fait rire! (devenant soudainement très sérieux, grave même. Sur les traits de son visage s’installe une tristesse étrange. Les spectateurs 1, 2, 5, 8 étouffent leur rire).

Li Tai Ne : Ce monde est devenu fou! Ou bien c’est moi qui est fou! (le regard est perdu quelque part très loin). En tout cas je ne vois pas d’autre solution. C’est peut être la seule manière de reveiller la conscience humaine. (il prend une enveloppe et une feuille de papier et il y écrit quelque chose. Il ferme l’enveloppe et écrit quelques mots dessus. Il se promène dasn la chambre. Il regarde par la fenêtre et commence à sourire douleureusement puis à rire de plus en plus fort).

Li Tai Ne : Ha, ha, ha, ha! Rire et encore rire! Qui aurait pu s’imaginer cela après tant de millénaires: ha, ha, ha, ha, ha! Des millions d’années d’histoire et puis…le rire! Ha, ha, ha, ha, …, ah! Il n’y a rien de plus comique, de plus ridicule dans cet univers. (il tient ses mains au ventre). Ha, ha, ha, ha! Comme je regrette de ne pas pouvoir m’arrêter de rire! Ha, ha, ha! Qui aurait pu s’imaginer?! Aucun futurologue, même s’il y aurait pensé des milliers d’années.Ha, ha, ha, ha!

Li Tai Ne : Mais si j’y pense bien, tout jusque maintenant a été digne du rire, une histoire entière. Ha, ha, ha! Et tout ce qui viendra sera un rire, un rire immense! Ha, ha, ha! (Il prend un pistolet d’un tirroir. Il se promène l’arme dans la main).

Li Tai Ne : Ha, ha, ha!…Qui aurait pu y penser?! Personne! Le suicide comme rire, ha, ha, ha! Et le rire comme…ha, ha, ha! (il regarde l’enveloppe).

Li Tai Ne : J’ai dit ce que j’avais a dire! Et j’ai écrit aussi que l’enveloppe ne soit ouverte que dans deux ans. (il regarde l’enveloppe). Ha , ha, ha, ha, ha! (il agit son arme en air).

Li Tai Ne : Ha, ha, ha, ha! (il porte son pistolet vers la tempe.On entend le coup. Ha, ha, ha, ha! Son corps s’écroule sur le tapis, pendant que sur ses lèvres reste imprimé un sourire étrange. Dans les rues on entend le rire qui est presque devenu un fond sonore)

IXème tableau

Après deux semaines. L’amphithéâtre de l’université. Les étudiants se préparent à prendre des notes. Le philosophe Hermann Herbert y entre – l’une des plus préstigieuses personnalités de ce domaine. La salle est agitée, quelques étudiants rient. Quand le professeur y entre, le silence s’installe.

Hermann Herbert : Bonjour, mes cheres! (il se dirige vers la chaire)

La salle : Bonjour, Monsieur le professeur! (Dans les rues on entend le même rire)

Hermann Herbert (il ouvre sa serviette; il sourit) : Nous allons parler aujourd’hui du problème de la mort dans la philosophie. Nous allons voir comment l’être humain se rapporte à la mort, les significations ontologiques et gnoséologiques de ce concept dans des diverses mythes, croyances, théories philosophique.

Les étudiants (quelqe uns prennent des notes, d’autres regardent le professeur, d’autres rient dans leur mouchoir, certains maîtrisent à peine leur rire)

Hermann Herbert : Je crois que vous êtes déjà au corent de l’événement largement commenté par la presse: il s’agit du suicide du grand futurologue de réputation internationale Li Tai Ne. Eh bien, permettez moi, cher auditoire de faire une courte paranthèse en ce qui concerne cet événement avec de nombreuses implications dans la pensée philosophique. J’avais connu personnellement ce grand futurologue. C’était un homme d’une vaste culture philosophique et une des personnes les plus importantes que j’ai jamais connu. Il avait une connaissance aprofondie de l’homme, de la vie, de la société; il était un grand visionnaire. J’ai longuement reflechi sur son geste, le geste suprême du suicide, un geste qui voilà, a été fait par un grand philosophe. Et j’ai essayé de trouver sa signification philosophique. Je n’y serais pas arrivé si vite à une conclusion si quelque chose ne m’avait indiqué sans équivoque la vérité. Moi méme j’ai vu LI Tai Ne mort. Vous vous rappellez comment il était décrit par les médias… En effet, quand je l’ai vu, j’ai eu l’impression qu’il riait. Ses lèvres étaient ouvertes comme s’il était vivant, comme s’il riait de tout son coeur.

Hermann Herbert (riant lui aussi) : ha, ha, ha, ha, ha! Riez, mes chers! Rions ensemble! Car c’est le seule geste par lequel nous pouvons élogier sa mémoire. Ha, ha, ha, ha!

Les édudiants (le rire devient contagieux : toute la salle rit)

Les étudiants (avec enthousiasme): Ha, ha, ha, ha, ha, ha! (les spectateurs 1, 5, 10 rient dans la salle)

Hermann Herbert (après quelque temps, se calmant) : Revenons donc à notre sujet. Le grand futurologue, en se suicidant tout en riant, nous a transmis par son geste, un profond et troublant message. Il encourage l’être humain à rire, et même plus, à rire dans la mort aussi, comme lui même le fait. En effet, telle est la chose la plus grandiose de l’histoire et de la pensée humaine : le fait de rire dans la mort, le fait de rire éternellement au delà de la mort.

Les étudiants (pour l’instant étonnés par le épouvantables idées du professeur): Ha, ha, ha, ha, ha, ha!

Hermann Herbert (les esprits se calment): Si nous analysons historiquement le rapport entre l’être humain et la mort, nous allons voir que tout au long de son histoire l’homme a été terrorisé par l’idée de la mort et cette angoisse l’a conduit à construirel’image d’un monde d’au delà dans lequel il pourrait trouver le bonheur ou bien, la souffrance qu’il mérite. C’est toujours cette angoisse qui a mené à l’apparition de l’existntialisme qui est un cri devant la mort. Et voilà qu’après une histoire entière marquée par la peur de la mort, apparaît pour la première fois (en haussant la voix oratoriquement) un être, une conscience qui rit devant la mort! Même plus, chers étudiant : il rit de la mort! Voilà le plus grand geste qui ait été fait au cours de l’histoire humaine!

Les étudiants (en applaudissant): Hourra, houra, hourra!

Hermann Herbert (riant lui aussi et attendant que les étudiants se calment): Voilà donc la grande vérité transmise par Li Tai Ne. Par le suicide il a rit de sa propre mort, il l’a défiée, il l’a foulée aux pieds, nous montrant ainsi que l’homme, l’humanité (il aborde de nouveau un style oratorique) ne doit pas avoir peur de la mort! Même au contraire: il doit en rire! Car par le rire, l’homme vaincra la mort! Telle est la voie qu’il faut suivre. Par sa victoire contre la mort, l’homme deviendra, dans un avenir proche, éternel. Il sera un être éterne, un être immortel!

Les étudiants (effrayés et émus en même temps): Hourra, hourra, hourra!

Hermann Herbert : En suivant la voie indiquée par Li Tai Ne je propose de rire trois minutes dans sa mémoire. Il ne nous le pardonnerait jamais si nous tenions trois minutes de recueillement.

Les étudiants (se levant debout) : Ha, ha, ha, ha!

Le professeur : Ha, ha, ha, ha, ha! (la salle tremble de rire)

Un étudiant : Vive Li Tai Ne, qui ouvre une nouvelle époque historique! Car bientôt la société humaine et l’être humain seront éternes!

La salle : Ha, ha, ha, ha, ha, ha!

Xème tableau

Une année est déjà pasée depuis le dernier tableau. Le phénomène du rire est depuis longtemps devenu un d’étendue mondiale, embrassant toute la société humaine. L’appartement modeste d’une famille de fonctionnaires. La femme fait du crochet, le mari lit le journal, le fils lit un livre. Dans les rues, le même rire, mais avec moins de “couleur”.

Nicola Gama (jettant le journal ennuyé): On ne trouve rien intéressant à lire, Margrit!

Margrit Gama (faisant du crochet) : En effet mon cher, nous rions tous et nous sommes devenus très monotones. L’homme rit de tout, des objets des phénomènes, de l’homme, de la vie, de la mort… maintenant nous rions de cette monotonie.

Nicola Gama : Ha, ha, ha, ha! En effet, tu as raison, cherie!

Le fils (lisant son roman) : ha, ha, ha, ha, ha! (c’est est une ambiance gaie et fade en même temps)

Margrit Gama : Tu sais ce que j’en pense? Je crois que ce phénomène du rire nous appauvrit la vie, Nicola, il nous rend impersonnels au lieu de nous enrichir la personnalité. Ha, ha, ha, ha!

Nicola Gama : Ha, ha, ha, ha! Juste! Ha, ha, ha, ha! Tu te rappelle comme nous étions heureux il y a quatre ou cinq ans, quand nous avons commencé à rire? Nous étions vraiment heureux, ha, ha, ha, ha, ha, ha!

Margrit Gama : Ha, ha, ha, ha, ha! Oui, oui, je me rappelle. Au début c’était le bonheur total, une sorte d’euphorie. Il fallait un rien pour commencer à rire. Ensuite on riait sans se gêner. Tout le monde riait. Au cinéma, dans les magasins, dans les rues… ha, ha, ha, ha! Ah, elles ont été heureuses les premières années du rire. Ha, ha, ha, ha, ha! Une époque nouvelle semblait commencer il y a quatre ans. Puis le rire s’est étendu dans le monde entier.

Nicola Gama : Ha, ha, ha, ha! Imagine le rire s’étendre partout comme un dartre. C’est ce que je m’imaginais, ha, ha, ha, ha, ha! ( les spectateurs 1,2,3 rient épuisés dans la salle)

Margrit Gama : Comme un dartre? Ha, ha, ha!pourquoi tu me l’avais pas dit, pour que je puisse en rire moi aussi, ha, ha, ha, ha!

Le fils (attentif) : “Dartre” ?! ha, ha, ha! Je connais pas ce mot.

Nicola Gama : Ha, ha, ha, ha, ha! Mais qu’est ce qu’il me fait rire ce mot. Tu te rappelle après les deux premières années de rire, comme nous étions tous enthousiastes, ha, ha, ha, ha! Ce grand pédagogue-là… comment s’appelle-t-il? Aaaa… ha, ha, ha, ha! Je ne me rappelle plus! Comment s’appellait-il?

Margrit Gama (essayant de se rappeler) : Son nom… ha, ha, ha! Laisse tomber son nom! Tu disais?!…

Nicola Gama : Ha, ha, ha! C’est comme si nous aurions perdu notre mémoire. Ha, ha, ha, ha, ha!… J’ai oublié même ce que je voulais dire, ha, ha, ha, ha!

Margrit Gama : Ha, ha, ha, ha! Tu disais : “Après les deux premières années de rire…”

Nicola Gama : Ha, ha, ha, ha, je me suis rappelé. Après les deux premières années de rire c’était comme si on était arrivé du communisme au Paradis. Tous les pédagogues, les psychologues, les anthropologues, les politiciens, tous, car je sais plus comment leur dire encore, ils avaient commencé à crier sur tous les toits le débout d’une autre ère dans l’histoire de l’homme, un grand saut qualitatif. Ha, ha, ha, ha! Et nous, on leur faisait confiance. Ha, ha, ha, ha!

Le fils (se moquant d’eux): Ha, ha, ha, haha! Elle viendra cette ère, elle viendra!

Nicola Gama : Ha, ha, ha, ha! Ce sont des mauvaises plaisenteries pour des enfants, ha, ha, ha, ha!

Margrit Gama : Ha, ha, ha, ha! Pourquoi ris-tu, mon cher? D’où sais tu qu’ils n’avaient pas raison? Attendons 10 ans, 20 ans et on verra bien! Ha, ha, ha, ou bien quelque siècles?!

Nicola Gama : Quelque siècles de rire, ha, ha, ha! (il rit comme un fou). Imagine-toi l’humanité rire pour quelques siècles… tu me fais rire Margrit, ha, ha! (il se calme). Mais tu disais qu’après quatre années de rire continu, ce rire a perdu son charme, nous nous somme ennuyés, nous sommes devenus impersonnels. Ha, ha, ha, n’est-ce pas?

Margrit Gama : Ha, ha, ha, ha, en effet! Avant c’était autrechose, ou… qui sait… c’était peutêtre parce que nous étions jeunes, on s’était à peine mariés depuis quelques années, tu te rappelle? Hi, hi, hi, hi, que c’était bien les premières années de mariage…

Nicola Gama : Ha, ha, ha, ha! On était jeunes et fous, voilà pourquoi! Ha, ha, ha!

Margrit Gama : Ha, ha, ha, ha, ha! Surtout toi, Nicola. Tu avais un charme et une imagination diaboliques, ha, ha, ha, ha, tu te rappelle? Hi, hi, hi!

Nicola Gama : Ha, ha, haha, tu as raison. Elles étaient encore plus belles ces années-là. Mais aussi les deux premières années de rire., ha, ha, ha, ha!

Margrit Gama : Ha, ha, ha, ha, les premières années de rire, ha, ha… nous avons rit…

Nicola Gama : Au début je pensais que c’est une mode, ha, ha, ha! Je déteste les modes et je refusais de rire! Mais plus j’ésayais de m’abstenir, plus mes rares éclats de rire étaient forts! Ensuite je me suis laissé porté par la mode. Ha, ha, ha, ha!

Margrit Gama : Ha, ha, ha, ha, tu ne me l’avais pas raconté. Moi, j’ai rit dès le début, ha, ha, ha, ha! (il y a un long moment de silence pendant lequel tous les deux rient calmement. Elle continue à fire du crochet, souriant. Il regarde le tapis d’un air méditatif)

Nicola Gama : En tout cas, il faut reconnaître que nous avons vecu des années bien heureuses, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha! Plus tard, dans l’histoire, ceux qui vont faire référence à ce moment, ils vont l’appeler “le moment historique du rire”, moment comparable à d’autres ères telles l’ésclavagisme ou bien l’invasion des peuples migratoires.

Margrit Gama : En effet! Ou bien comme le christianisme, ha, ha, ha, ha! Le christianisme et le rire! Imagine un livre avec ce titre, comment ne pas rire, ha, ha, ha, ha, ha!

Nicola Gama : “Le christianisme et le rire”, ou bien “Les lumières et le rire”…ha, ha, ha!

Le fils (riant très fort) : Ha, ha, ha, ha! Ne riez plus si fort car vous me faites rire!

Margrit Gama (riant, ils se calme un peu) : qu’il fait beau aujourd’hui! Ha, ha, ha! (Après quelque temps). Ecoute Nicola, tu sais à ce que je pense? Ha, ha, ha?! Et cette idée me semble encore plus grandiose que celle du futurologue qui riait de la mort, ha, ha, ha, ha! Rire de la mort, ha, quand j’ai lu dasn le journal j’ai ris comme une malade. Eh bien, je crois que mon idée est encore plus intéressante, encore plus rieuse.

Nicola Gama : Ha, ha, ha, ha, dis alors!

Margrit Gama : Ha, ha, ha, ha, tu sais de quoi nous venons de rire, mon cher?

Nicola Gama : ha, ha, ha, ha! De quoi?

Margrit Gama : Nous rions du rire, ha, ha, ha, ha!

Nicola Gama (éclatant de rire): Ha, ha, ha, ha, ha! En effet, Margrit! Jusque maintenant nous avons rit de tout ce qu’on a vu, et même de ce qu’on n’a pas vu, de tout! Seulement du rire on n’avait pas encore ri!. Ha, ha, ha, ha!

Margrit Gama : Allez, rions tous du rire! (éclatant de nouveau) : Ha, ha, ha, ha! Je crois que si j’écrirai un livre ou un article concernant cette idée, je recevrais aussi le prix Nobel. L’idée est meilleure que celle du futurologue qui riait de la mort! Rire du rire!

Nicola Gama : Ha, ha, ha! Ne te rejouit pas trop. Il vaut mieux que personne n’entende cela. Ha, ha, ha, ha, ha, ha! Je crois qu’ils nous mettraient en prison plutôt que de nous offrir une recompense, un prix! Ha, ha, imagine-toi en prison, ha, ha, ha, ha, ha!

Margrit Gama : Ha, ha, ha, ha, tu as raison, mon cher. Je crois que le gouvernement et l’Etat ne toléreraient pas une telle opinion. Ils cultivent le rire, tous les gouvernements du monde stimulent le rire. Ha, ha, ha, ha, ha!

Nicola Gama : Et on dit que cela apporte du progrès humain et du bonheur… ha, ha, ha, ha! Des bêtises! On rit pour rire. Ha, ha, ha, ha, ha!

Margrit Gama : Ha, ha, ha, ha, on rit pour rire, tu as raison , mon cher. Ha, ha, ha, ha!

Le fils : Ha, ha, ha, ha, ha!on rit pour rire! Quelle philosophie grandose!? Ha, ha, ha!

Nicola Gama (se calmant un peu): De toute façon ce rire a eu aussi un beau moment. Et il a apporté un peu de sérénité dans cette histoire trop sombre. Ha, ha, ha, ha, ha!

Margrit Gama : Ha, ha, ha! Oui! Si tu le dit! Nous en rions à nous tordre. Le plus important est que nous vivons pour rire. On ne vit pls, mon cher, on rit! C’est ici qu’on est arrivé, ha, ha, ha, ha, ha!

Nicola Gama : De toute façon, je suis content qu’il ne nous arrive je ne sais pas quelle enormité.

Margrit Gama : Tu parle comme si quelque chose pourrait encore arriver. Tu ne vois pas que la monotonie est générale et que rien ne se passe plus? Rions, mon cher, et nous rions du fait que rien ne se passe, ha, ha, ha, ha.

Nicola Gama : Mais on rit, tu vois pas? Ha, ha, ha! Pourquoi quelque chose devrait se passer, quand on peut rire comme ça, ha, ha, ha, ha! Avant on avait besoin de quelquechose devrait se passer, quand on peut rire comme ça, ha, ha, ha, ha! Avant on avait besoin de quelque chose qui nous fasse rire, ha, ha, ha, maintenant on rit… comme ça. On aurait besoin de… je ne sais pas quoi… pour nous arrêter de rire. Ha, ha, ha, ha! Ecoute ça: quelque chose qui puisse nous arrêter de rire. Même s’ils feraient une police dans ce but, ils n’abouissaient à rien. Ha, ha, ha, ha!

Margrit Gama : Ha, ha, ha, ha, une police qui devrait interdire de rire, ha, ha! Ou bien qu’ils inventent un appareil, c’est mieux. Ha, ha, ha, ha! Ou même des médicaments, ha, ha, ha, ha!

Margrit Gama : Tu as raison, mais tu ne vois pas que ce rire nous a trop appauvrit la vie, l’âme?! Je sens mon âme désert, vide et je sens que je n’ai même pas un corps. Ha, ha, ha, ha!le rire nous fait perdre notre substance, notre essence et notre personnalité, mon cher. Tu ne vois pas que tous les gens, une planète entière, des milliards de gens ne font que rire? Rire et encore rire, ha, ha, ha, ha! (les spectateurs1,2,3 rient comme un aboiement triste).

Nicola Gama : Ha, ha, ha! Il nous fait perdre l’essence, la substance, la personnlité, il nous rends unidimensionnels… Margrit, tu me fais rire, tu parles comme un philosophe. Ha, ha, ha, ha, ha!

Margrit Gama : Je parlais comme ça, mon cher, et toi, tu en ris. Ha, ha, ha, ha! Philosophe? Ha, ha, ha! Ohh Nicola, comment est-ce que tu peux le dire?!

Nicola Gama : Ha, ha, ha, ha! Dis-moi, Margrit, comment ne pas rire quand je t’entend débiter des choses pareilles? Ha, ha, ha, ha!

Margrit Gama : Ha, ha, ha, ha! Tu as raison, mon cher. Depuis quand on rit, on n’a même pas le temps de penser. Nous avons oublié comment réfléchir. Ha, ha, ha, ha! Ca fait longtemps depuis quand nous nous n’avons plus pensé et depuis quand quelqu’un le fait; nous allons trouver cela bizzare, ha, ha, ha!

Nicola Gama : ha, ha, ha, ha, ha! Mais c’est mille fois plus amusant de rire que de penser. Ha, ha, ha, ha, ha!

Le fils : Tu as raison papa! Il vaut mieux rire que penser, ha, ha, ha, ha, ha!

Le fils : Tu as raison papa! Il vaut mioeux rire que faire tout autre chose. Ha, ha, ha, ha, ha!

Margrit Gama : La vérité est que nous nous sommes habitués à rire seulement, et nous avons oublié de faire bien de chose, ha, ha, ha, ha. Il nous est difficile maintenant de faire autre chose, ha, ha, ha, comme par exemple cuisiner, ou bien manger meme, ha, ha, ha!

Nicola Gama : Tu as raison Margrit. Le soir vient et on devra manger. Ha, ha, ha, ha, ha! Tu devrais cuisiner quelque chose, ha, ha, ha, ha!

Margrit Gama : Ha, ha, ha, ha! Quand je cuisine, je ris à me rouler par terre. Je regarde la soupe qui bouille et je ris. Ha, ha, ha, ha, ha!

Nicola Gama : Personnellement, j’ai même pas faim, ha, ha, ha, ha, ha!

Margrit Gama : C’est à cause du rire, ha, ha, ha!

Nicola Gama : Tu as raison cherie, le rere peut remplacer la nourriture, ha, ha, ha!

Margrit Gama (le regardant) : Ha, ha, ha! Tu as pensé, Nicola, tu as pensé. Tu me fais mourir de rire. Tu as réfléchit, ha, ha, ha, je vais rire toute la nuit! Ha, ha, ha, ha!

Le fils : ha, ha, ha, ha! Rire toute la nuit… j’ai jamais entendu ça, ha, ha, ha!

Nicola Gama : Ha, ha, ha, ha! Margrit, tu as raison, ha, ha, ha! Il pense lui aussi, ha, ha, ha, ha, ha! Au lieu de dormir, quand tu ne sais rien en ce qui te concerne, et quand tu peux même pas te réjouir, il vaut meix rire, ha, ha, ha, ha, ha! C’est génial, cherie, n’est ce pas? Ha, ha, ha, ha, ha!

Margrit Gama : Si, si, hi, hi, hi, hi!

Le fils : Ha, ha, ha, ha, ha, ha!

XIème tableau

(Rire universel. Une année après le tableau précédent. Le cabinet du psychiatre Jean Alain. Il fume l’air méditatif dans son bureau. La secretaire fait son apparition.)

LS : je peux le laisser entrer, Monsieur le Docteur?

Jean Alain : Oui, Oui! Je suis prêt!

Le patient (il entre, il a peur) : Ha, ha, ha! Bonjour Monsieur le Docteur!

Jean Alain: Bonjour, Monsieur. Prenez place!

Le patient : Monsieur le Docteur, ha, ha, ha, ça va pas du tout. Maintenant je me rappelle. La dernière fois j’ai oublié de vous le dire. Avant de monter sur le toit du bloc et de regarder la Lune, ha, ha, j’ai eu une sensation de soulagement. J’avais un poids de plume, comme si je n’avais pas un corps. J’avais envie de monter au ciel, ha, ha, ha, j’ai agité les bras en air, comme les oiseaux, mais en vain. Et alors, l’idée m’est venue de… (les spectateurs3,4,5 rient lamentablement dans la salle).

Jean Alain : Un moment s’il vous plaît. (il met en fonction la bande d’enregistement placée au dessous du bureau). Oui, continuez, je vous prie (s’égayant lui aussi). Et vous avez senti le désir de vous envoler, jusqu’ici rien d’anormal.

Le patient : ha, ha, ha, ha, quand je me rappelle, ça me fait rire. Je voulais monter au ciel, je regardais le ciel et je riais sans pouvoir m’arrêter. Au début, j’ai essayé de monter dans un arbre. Je suis monté, mais il était trop petit. Je voulais monter encore plus haut, je ne savais même pas ce que je faisais. Je riais sans être conscient de moi-même. Et alors je suis monté sur le bloc. Ha, ha, ha, le soleil venait de coucher et sur le ciel j’ai vu la lune. C’est maintenant que je me rappelle, car alors j’étais pas conscient, ha, ha, ha, ha, cela ne m’est jamais arrivé d’être inconscient de moi. J’ai soulevé la tête comme un chien qui aboie vers la lune et j’ai commencé à hurler. Puis, je me suis mis à quatre pattes et j’ai continué d’hurler à la lune, ha, ha, ha, ha.

Jean Alain : Ha, ha, ha, ha! (riant sobre. On entend des rires comme venant des profondeurs de la terre).

Le patient : Su le bloc il y avait encore quelque gens, et sur les bâtiments voisins aussi, ha, ha, ha, ha, mais ça je ne vois ai pas raconté, ha, ha, ha, ha! J’ai ris! Eux aussi! Ensuite, ils ont commencé à hurler à la lune, comme moi, ha, ha, ha! (il se calme). Les gens des rues qui nous ont vu hurler comme des chiens à la lune, profilés sur le fond du ciel noirci, ont rit au début, croyant que c’était pour le spectacle.

Jean Alain : Mais vous avez eu, pour une seule seconde au moins, l’idée que vous faites cela pour faire rire les autres.

Le patient : Non, Monsieur le Docteur, pas du tout.

Jean Alain : Essayez de vous rappeler. Peut-être pas ce jour-là, mais avant? C’est très important!

Le patient (souriant et essayant de se rappeler) : Non, je me rappelle bien, je n’y ai pas pensé. Pas du tout.

Jean Alain (mordant des lèvres) : Oui, oui…

Le patient (s’égayant): Ha, ha, ha, et alors toute la rue a commencé à rire, tous ceux qui nous voyaient. Mais le rire s’est éteint dans tout le quartier. Les premiers qui nous ont vu hurler sur le toits ont commencé eux aussi à hurler. Puis tout le quartier hurlait.

Jean Alain (riant): Ha, ha, ha, ha! J’imagine bien tout un quartier hurler à la lune.

Le patient : Ha, ha, ha, ha, oui, un quartier entier, Monsieur le Docteur, et je crois que toute la ville l’aurait finalement fait si la police n’avait eu l’idée d’intervenir. Ha, ha, ha, ha!… Une ville entière hurlant le cou tendu vers la lune, comme des chiens, ha, ha, ha! C’est génial, ha, ha, ha!

Jean Alain (il éclate de rires): Sachez alors que c’est ce qui c’est passé malgré tous les efforts de la police. Jusqu’au matin, tous les gens de la ville ont hurlé à la lune.

Le patient : Ha, ha, ha! Je m’imagine qu’est-ce qu’il se passerait s’il va s’éteindre dans tout le pays et puis dans tout le monde, comme le rire, ha, ha… imaginez toute la planète, des milliards de gens hurlaient comme des chiens.ha, ha, ha! La planète qui hurle à la lune, ha, ha, ha!

Jean Alain : Ha, ha, ha! (il se calme). Et vous vous rappeller quoi encore?

Le patient : Ha, ha, ha, ha! Rien, Monsieur le Docteur. La police est venue, et me voilà ici, chez vous. Ha, ha, ha, ha!

Jean Alain : Je vous ai suivi avec toute l’attention. Aujourd’hui je ferai toutes les papiers nécessaires pour votre sortie de l’hôpital. Mais pourquoi vous disiez que c’est pas bien?!

Le patient : Ha, ha… Je le sens, Monsieur le Docteur. Après tant de rire je me sens vide, seche, sans vie. Je me suis regardé le visage dans un miroir et je me suis trouvé vieilli. C’est comme si je ne serais pas moi, ha, ha!

XIIème tableau

(Après quelques mois. Le cabinet du Ministre de l’économie. Le Ministre est au bureau. Il est nerveux. Il fume en cherchant des dossiers. Il appelle la secretaire.

…. La secrétaire : Oui, Monsieur le Ministre.

Le Ministre (sans lever les yeux): Envoie-moi le Ministre adjoint!

La secrétaire : Oui, Monsieur le Ministre. Vous avez besoin d’autre chose?

Le Ministre (il ne répond pas, les sourcils froncés, il regarde ses doddiers. La secretaire sort)

L’adjoint : Bonjour, Monsieur le Ministre. (il ne répond pas).

L’adjoint (il reste debout) : J’ai vérifié les chifres. Au début, j’ai pas pu y croire. C’est pourtant la réalité. J’ai déjà pris des mesures.

Le Ministre : Prend une place, s’il te plaît. Mais comment avez vous fait pour ne pas remarquer cette situation dès son début. Je suppose que ça n’a pas commencé d’un coup.

L’adjoint (il s’asseoit) : En effet, cela n’a pas commencé d’un coup. Des indices taient apparus il ya deux mois, mais des indices très vagues, qui n’auraient pas pu signaler une telle évolution négative.

Le Ministre : Oui, mon cher, mais il ne s’agit pas d’une “évolution négative”, comme tu l’appelle. C’est un désastre, c’est la faillite.

L’adjoint (angoissé) : il est vrai, les choses ne vont pas bien, mais il ne faut pas s’en effrayer. Après cinq ans de prospérité économique, nous avons de nombreuses ressources. Et d’ailleur il est normal qu’une légère crise arrive après une si longue période d’expansion économique.

Le Ministre : Ha, ha, ha, ha! Et vous appellez cela une “légère crise” ?! C’est la catastrophe économique, mon cher. C’est la ruine qui nous attend.

L’adjoint : Je crois qu’il ne faut pas exagérer Monsieur le Ministre. C’est mon point de vue. Nous avons besoin de lucidité et force pour dominer la situation.

Le Ministre : D’accord, mais je ne crois pas que nous somme en contrôle de la situation, et je ne vois pa comment pourrions nous le faire. Je veux des rapports chaque jour.

L’adjoint : Je vais m’en occuper personnellement. J’ai pris des mesures très sévères qui prouveront leur efficience en peu de temps.

Le Ministre : Selon vous, quelles seraient les causes de cette situation?

L’adjoint : Je ne les connais pas d’une manière précise. J’ai fait quelques visites dans les grandes entreprises, et j’ai formé une commission qui étudie les causes de cette crise.

Le Ministre : Vous vous rendez compte du scandale qui peut en sortir? L’export sera minimal pour quelques mois, les relations économiques avec d’autres pays, le déficit budgétaire, la situation catastrophique du marché intérieur… aie, aie…

L’adjoint : Nous avons une grande réserve de produits économiques refusés pour l’export. Le marché intérieur en sera satisfait.

Le Ministre : Je ne peux même pas m’imaginer comment je vais me présenter devant le Premier Ministre. Je suis terrassé par la honte.

L’adjoint : Un peu de patience, Monsieur le Ministre, en moins d’une semaine tout sera comme avant. Je pense que vous ne devez pas annoncer Monsieur le Premier Ministre.

Le Ministre : Occupe-toi de la convocation pour ce soir de tous les chefs de cabinet et des conseillers. Je veux une séance d’analyse pour évaluer la situation et les causes et voir quelles sont les mésures nécessaires.

L’adjoint : Pour quelle heure, Monsieur le Ministre? (il se lève debour)

Le Ministre : A six heures. Allez, aux armes, mon cher! La situation est très, très grave, je te le dit.

L’adjoint (en sortant) : Nous allons prendre toutes les mesures, Monsieur le Ministre.

XIIIème tableau

(Après un mois. Séance extraordinnaire du Conseil des Ministres présidée par Monsieur le Premier Ministre. Y participent des minstres, des minstres adjoints, des conseillers)

Le Premier Ministre : On commence, Messieurs? (le silence s’installe. Tout le monde est angoissé. Un des ministres ne peut pas contôler son rire et il se cache derrière quequ’un). Vous le savez bien, la situation est grave. Ca fait déjà un mois que nous ne pouvons plus dormir. Nous sommes tout le temps au bureau. La situation est catastrophique. Je prie Messieurs les Ministres que je vais nommer, de présenter la situation de leur département et quelque propositions: le Ministre de l’économie!

Le Ministre de l’économie (se lèvant) : Monsieur le Premier Ministre, permettez-moi de rapporter! Malgré toutes les mesures prises dans le dernier temps, la situation ne s’est pas améliorée. Même au contraire. Les choses vont de plus en plus mal, avec chaque seconde qui passe. Nous avons pris toutes les mésures possibles. Nous avons remplacé les ouvriers ou les chefs d’entreprise qui ont perdu leur contrôle menta, par l’armée. Nous avons lutté contre le rire. On a mis en place de facteurs de stress pour combattre le rire, mais , même les militaires qui ont remplacé les ouvriers ont commencé aussi à rire, nous obligeant à les remplacer eux aussi. C’est simple : il n’y a plus de travailleurs. Des unsines entières sont inertes. Le rire a conduit à une euphorie mentale et certains ouvriers ont détrouit leurs outils et installations de travail. Le manque d’attantion provoqué par le rire a été la cause de nombreuses erreurs catastrophiques. Du poin de vue économique, nous n’avons aucune possibilité pour stopper le désastre. Des millions de travailleurs sont devenus fous et sont internés dans les hôpitaux de psychiatrie, ou on entend le rire 24 heures sur 24. Les seuls qui pourraient les aider sont les psychiatres, la médecine. C’est d’eux que dépend la survie de la nation. Il faut trouver un rémède pour cette maladie horrible.

Le Premier Ministre : Le Minsitre de la santé. Je vous écoute Mossieur le Ministre! Je vous avais ordonné de trouver un rémède conre le rire, médicament ou autrechose, ça n’a pas d’importance. Mais il faut le trouver très vite. Quelle est la situation? Ou en sont les recherches?

Le Ministre de la santé : Monsieur le Premier Ministre, permettez-moi de rapporter. Depuis quelques mois nos laboratoires travaillent jour et nuit pour découvrir un nouveau produit pharmacéutique, un médicament, une substance, ou bien autre chose qui puisse arrêter le rire. Même avant de venir ici, j’ai demandé un rapport de tous les laboratoires du pays. Pour le moment on n’a pas réussi à trouver un rémède. Il faudra encore attendre…

Le Premier Ministre : Monsieur le Ministre, j’ai l’impression que vous vous permettez de jouer avec la vie d’une nation entière! Je vous demande, avez vous exécuté mon ordre ou non? Je ne vous ai pas prié de trouver un rémède, Monsieur le Ministre! Je vous l’ai ordonné! Vous comprenez? Je vous ai ordonné! Et je vous ordonne encore une fois! Si dans 48 heures vous ne trouverez pas un rémède contre cette terrible maladie mentale, tout le départemebt de la santé sera exécuté! C’est clair?

Le Ministre de la santé : Monsieur le Premier Ministre, permettez-moi de rapporter. Je ferai de mon mieux. Nous cherchons le rémède avec tous nos moyens, mais vous savez bien que beaucoup de chercheurs sont devenus fous, beaucoup de médecins se sont suicidés, ils sont morts, ou bien fous. Croyez moi, nous faisons tout ce que c’est possible. (un ministre commence à rire, ha, ha, ha, ha!).

Le Premier Ministre (il saute de sa chaise) : Quoi?! Nous perdons aussi notre tête? Je ne vous le permets pas! Qu’il soit arrêté (mis en colère), qu’il soit exécuté!

Le Ministre qui vient de rire (il est pris par les agents de la Sécurité de l’Etat): Ha, ha, ha, ha, huuooo…. Vous allez tous mourir comme moi! Vous êtes tous des crapules! Vous avez ri et maintenant vous voulez survivre! Pourquoi? Parce que vous avez les nerfs d’acier, d’animaux supérieurs? Ha, ha, ha, ha! Vous allez tous crever! Tous! Ha, ha, ha!

Le Premier Ministre (un silence glacé s’est installé) : Continuons notre séance. Pensez que c’est de notre lucidité et de notre force que dépend la survie de toute la nation. Encore une fois, Monsieur le Ministre, je vous ordonne de trouver le rémède contre ce fleau en 48 heures.

Le Ministre de la santé : Oui, Monsieur le Premier Ministre, j’ai compris.

Le Premier Ministre : Le rapport suivant. Le Ministre de la défense!

Le Ministre de la défense : Monsieur le Pemier Ministre, permettez moi de rapporter! La situation est grave non seulement sur notre île. Des millions de gens du monde entier meurent, deviennent fous, ou bien ils font des erreurs graves pour la sécurité de l’humanité. En Europe et en Asie il y a déjà des conflits isolés et cela à cause du manque de lucidité de ceux qui étaient responsible de la paix des continents. Aujourd’hui à 16 heures, une expolsion nucléaire s’est produite aux Etats-Unis à cause du manque d’attention. C’était une bombe 10000 fois plus puissante que celle de Hiroshima. Pratiquement, les Etats-Unis n’existent plus. Les informations secrètes que j’ai reçues indiquaient que celui qui a déclenché cette expolsion riait. En fait, maintenant le plus grand souci pour mon département est de protéger la population contre les radiations. L’explosion a produit un tremblement de terre de sept degrés, enregistré par nos appareils. Il faudra donc, Monsieur le Premier Ministre, prendre les mesures pour protéger la population contre cette onde radioactive, qui va s’étendre sur toute la planète. J’ai déjà donné tous les ordres nécessaires.

Le Premier Ministre (il a les mains aux tempes, il repète mécaniquement) : Impossible! C’est pas vrai! Je ne crois pas que c’est la fin du monde! Il y a quelques années, c’est comme si c’était hier, on annonçit un progrès économique, un saut dans l’évolution humaine, le bonheur promis par l’histoire, et maintenant… c’est la catastrophe. (il se lève et fappe avec les poings dans la table). Nous allons prendre toutes les mesures de survie! Nous allons faire même l’impossible. J’ordonne l’arrestation et l’execution de tous ceux qu’il y a queques ans faisaient l’éloge du saut qualitatif et qui ont ainsi trompé la nation. Qu’ils soient arretés et exécutés de suite. (il essuie la sueur de son front, haletant). Messieurs, Messieurs, la situation est grave.

Un Ministre (il éclate en rire) : Ha, ha, ha!

Le Premier Ministre (choqué) : C’est épouvantable (il fait un signe). Prenez-le! Ne le tuez pas. Seulement un fou peut rire en ces moments! Moi même j’ai peur de ne pas perdre ma tête (il halète. Un long moment de silence).

Le Premier Ministre : Messieurs, il faudra faire tout, mais vraiment tout pour sortir de cette situation. Je vous félicite, Monsieur le Ministre de la défense, pour les mesures prises pour protéger la population (il essuie son front). Il faut tout d’abord, Messieurs, garder le calme. C’est le plus important. Et je vois que nous ne pouvons pas le faire.

Les Ministres (ils regardent effrayés, on lit la peur dans leur yeux).

Le Premier Ministre : Monsieur le Ministre de la santé, comment pourriez vous me décrire cette épidémie du rire qui nous hante depuis 5 ans et dont vous m’avez fait l’éloge.

Le Ministre de la santé : Nous avons très attentivement étudié, elle n’a pas une nature virale. Nous n’avons pas trouvé aucun indice de nature génétique; les recherches ne sont pas accomplies, mais on sait qu’aucune mutation génétique ne s’est prduite, et en tout cas elle ne serait pas contagieuse. Il semblerait que cette épidémie du rire, plus dangereuse que le cancer, a son siège dans l’inconscient humain et c’est une émanation des forces latentes, les plus profondes de l’être humain! Les recherches devraient épuiser toutes les hypothese. De toute façon, Monsieur le Premier Ministre, je vous assure que nous allons faire tout ce qui est possible pour sauver la nation. L’homme ne peut pas disparaître de l’histoire, son destin est d’évoluer!

Le Premier Ministre (il s’était assis, il est très calme) : Alors, voilà les ordres que personne ne doit ignorer. Monsieur le Ministre de la défense, prenez toutes les mesures de protection contre l’onde radioactive et contre toute aggression extérieure.Monsieur le Ministre des affaires intérieures, vous savez ce que vous devez faire. Monsieur le Ministre de la santé, trouvez un remède le plus vite possible. Prenez toutes les mesures pour la sécurité des millions de patients qui sont dans les hôpitaux de psychiatrie. Je crois que ces moments difficils vont redonner la lucidité, l’équilibre pour certains, pour d’autres, la situation va s’agraver encore. Je ferme notre séance d’aujourd’hui. Chacun ira à son poste et fera son devoir jusqu’au bout. Je vous souhaite bonne chance! J’éspère que nous pourrions nous en sortir. Je vous répète : la situation est grave, il faudra faire l’impossible! Aurevoir! On se voit demain en séance extraordinaire.

Les Ministres (ils restent muets, glacés)

Le Premier Ministre (quitte la salle)

Un Ministre perd sa tête : Ha, ha, ha, ha!

Les Ministres (ils tournent mécaniquement leur têtes, blêmes vers lui)

XIVème tableau

(Après une semaine. La bibliothéque du futurologue Li Tai Ne. C’est la même pièce ou le futurologue Li Tai Ne sétait suicidé. Tombée par terre avec un masque sur le visage contre, est allongée sa femme. Sur la table, une radio).

La femme (tirant son masque) : ha, ha, ha! C’est comme si j’étais de nouveau enfant et j’irais à un bal masqué. Ha, ha, ha! Je me rappelle un bal masqué quand j’étais fillette, ha, ha! (Elle met le masque)

La radio : Citoyens et citoyennes! Un nouveau communiqué. Aujourd’hui, à 10 heures, le Premier Ministre, le Ministre de l’économie et le Ministre de la santé se sont suicidés. Le rôle suprême revient au inistre de la défense. Les ondes de choque qui ont atteint hier notre île n’ont pas provoqué des pertes importantes pour notre économie nationale. Ceux qui étaient dans les réfuges, comme ceux qui étaient alors dans les blocs en ciment sont sauvés. Protégés par un mur de ciment de trois mètres épaisseur, vous avez toutes les chances de survivre. Parce que l’air est toujours chargé de poussières radioactives, continuez à respirer l’air dans les bouteilles à oxigène. Citoyens et citoyennes! Braves membres de notre nation, faites preuve de courage, comme vous l’avez fait jusque maintenant. Les continents de l’Europe, de l’Asie, l’Amérique, et l’Afrique n’ont plus de survivants. Il faut résister jusqu’au bout! C’est à nous, à ceux qui ont pu survivre au désastre atomique, à l’épidémie du rire, qu’il revient de préserver la vie de l’espèce humaine, menacée en ce moment par la disparition. Attendez le prochain communiqué dans 30 minutes. (la radio se tait)

La femme (enlevant le masque) : épidémie de rire, ha, ha, ha, ha! Quelle expression! Nous avons survecu au désastre atomique et on ne peut pas contrôler notre ha, ha, ha, ha,. Ha! On aurait pu l’imaginer? C’est comme dans le films, ha, ha, ha! Le monde crève, aucune chance de survie, au milieu du désastre on rit à se tordre, ha, ha, ha! Dieu, je crois que je suis folle! (elle met son masque).

La femme (elle l’enlève de nouveau): ahhh… je ne peux pas mettre le masque à cause du rire. Mon Dieu, je vais mourir, j’en suis sure, ha, ha, ha…Et je ne peux pas arrêter mon rire, ha, ha… (se calmant un moment de silence). Le premier Ministre s’est suicidé. Le pays n’a plus de leader. Qui sais combien nous serions encore en vie (un longue moment de silence).

La femme (elle éclate de rires) : Ha, ha, ha!… maintenant je crois savoir pourquoi je ris. Je m’en fiche de la mort!… Je m’en fiche… c’est extraordinaire comme la presse avait écrit en parlant de Li Tai Ne. ha, ha, ha! Et comme c’est rassurant d’y arriver. (elle met son masque). Ahh, je me souviens. Quand Li Tai Ne s’est suicidé, il a laissé une lettre, avec l’indication de l’ouvrir dans deux ans. Ha, quelle coincidence…aujourd’hui les deux ans se sont écroulés. Ha, ha.. je ne devrais pas rire, je sais et pourtant je ne peux pas m’abstenir. Ha, ha… Où est-ce qu’elle est cette lettre? (Elle porte sa main a la tempe en essayant de se rappeller). Ahh, elle est dans la bibliothéque, à côté des dialogues de Platon (elle prend l’enveloppe, l’ouvre, et commence à lire. Son visage devient de plus en plus grave, puis elle commence à rire à sanglots). Ha, ha, ha!…

La radio : citoyens et citoyennes . un nouveau communiqué. Il est possible que ce soit le dernier. La situation est encore plus grave. L’explosion nucléaire d’Amérique a été suivie par une autre en Afrique. Une nouvelle onde radioactive va bientôt atteindre notre île. La direction de propagation est de N-O à S-E. Nous vous prions de rester dans les refuges antiatomiques et essayez de renforcer le mur de N-O (un silence profond s’installe)

La femme : Ha, ha, ha… quelle prédiction extraordinaire (elle lit la letre) : “chère His, chers gens qui survivez encore à ce dénouement. Quelleque chose me dit que personne ne survivra. Je me suis suicidé non pas par lassitude, mais par lucidité. Le rire, cette maladie qu’aujourd’hui tous les savants présentent comme une merveille est en fait une pénible et ridicule maladie qui va tuer l’homme. Pour des milliers d’années l’homm a imaginé la fin du monde. Le christianisme l’a courronnée de l’image de la résurrection des morts. On a cru que la fin du monde vindra d’un cataclisme cosmique, de la guerre atomique. Personne ne pensait qu’il viendra du rire. Ne me blamez pas qu’au moment où tous faisaient l’éloge du rire, moi, en tant que futurologue, en tant que conscience qui doit sonder l’avenir et avertir les gens, je ne vous ai pas averti du danger de la disparition de l’espèce humaine. Je suis convaincu que si je l’avais fait, personne ne l’aurait cru. J’aurais été puni, arrêté. (elle s’arrête pour un instant. Sur la joue une larme glisse doucement). J’aurais pu assister au désastre de l’humanité. C’est pas pour éviter cela que je me suis suicidé. J’aurais pu le faire tout en restant lucide et vigilent jusqu’à la dernière seconde, avec une seule condition : que ce dénuement soit la conséquence d’une guerre atomique, d’une civilisation extraterrestre, d’un cataclisme cosmique, mais pas la conséquence du rire. Par ce dénuement, l’humanité se moque d’elle même, c’est autopersiflage, comme si toute l’histoire humaine serait quelque chose don’t on devrait rire. De notre point de vue, je me dis que si l’histoire humaine nous a conduit après tant de millions d’année à la disparition par le rire, c’est en effet digne d’en rire. De toute façon, l’être humain méritait un final plus digne. Moi, en tant qu’être humain et conscience, je ne peux pas être le témoin d’un dénuement si grotesque, si lamentable! “

La radio : Un dernier communiqué. Nous sommes au bout de nos forces. Peutêtre que dans peu de temps nous serons morts. S’il y a encore des survivants, nous mettons tout notre espoir en eux. Adieu!

HOMES DE CULTURE EN PARLANT DE ŞTEFAN DUMITRESCO

ŞTEFAN DUMITRESCO est un poete tres interessant et je je le suivrai avec tonte mon attention.

Şerban Cioculescu, Flacăra,1973

La presence de ŞTEFAN DUMITRESCO dans la litterature roumaine produira de grandes mutation.

Ana Blandiana, Amfiteatrul,nr 1,1971.

ŞTEFAN DUMITRESCO est une chance pour la litterature roumanine,ŞTEFAN DUMITRESCO est une grande chance pour la litterature roumaine.

Adrian Păunesco,Flacăra,1973

ŞTEFAN DUMITRESCO est un ecrivain profond et serieux.Il fait part de ces ecrivains că donnent contenu a tonte une epoque.

Ion Crişan,Matca ancestrală,1993

Poete,prosateur,dramaturge,essayiste,critique litteraire,philosopfe,analiste politique,cet homme si sage,ayant une expression d enfant qui s etonne, c est une des conciences les plus ardents et inquiites de son siide. Quand les Roumains le connaîtront vraiment,dans tous les creux et les orofondeurs de l oeuvre de ŞTEFAB dUMITRESCO,s etonnerontqu un ecrivain de la taille de Thomas Mann, d Alber Camus se trouver,sans ître connu,parmi eux. A la fin de ce siecle,ŞTEFAN DUMITRESCO,este la pointe,de4 lepie de la litterature roumaine implante profondement dans l universalite.Je le comparais avec Mircea Aliade,si je ne savais pes,en conaissant une grande partie de son oeuvre,queSTEFAN DUMITRESCO ne ressemble qu a lui –meme.

Francesca pini,critique literaire –la comperture du livre Zelit ancestral.

La vocation de l ecriture consacre au theatre gagne la couleur de la certitude.Le Rire,de ŞTEFAN DUMITRESCO se constituie comme une oeuvre solide sons le rapport de la construction,de eensemble des problemes qui stimulent l interet et de l expresion litteraire expressive.Le talent est visible et l experience dramaturgique moral et immensite du conflit – l homme et le drame forment une structure que sont metier demande un effort vers une projection juste et un projet.

Ion Toboşaru,

STEAN DUMITRESCO. Dans tout ce que vous faits et vous pensez,vous avez plutot une aureole d une fondateur.Je crois qu il foudrait faire autour de vous en travaillant directement sur les vifs destins par de eleves qui porraient continuere votre travail eni fondant des cites d esprit aussdi durables comme celles crees a l ombre des oliviers antique. Nous vivons une epoque trop miserables et interessee pecunaire pour que vous trouviez une revue ouverte immediatement vers ce que vous pensez.La seule solution serait de vous adresser a une maison de edition comme Humanitas qui porait îtu interesse de l envergure de votre vision.

Ion Zubaşcu

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