Cleopatra Lorintiu – Six poèmes

DE NOS JOURS

Un rythme, une défilée de sons.

Causent-ils la mélancolie ? Retour superbe dans le temps.

Sur mes jours de jadis, je redeviens

la petite fille que j’étais. Hé, garçons,

entrez

vous aussi dans le cône de lumière du rêve !

Un rythme heureux,

un enchantement

avant la mort.

Intense et tragique,

souriant et blessé.

Il m’est égale s’il ne m’aime pas.

Il m’est égale si les feuilles jaunes sont aujourd’hui

du frimas perdu.

Si tout n’est qu’une chute accompagnée de silence.

Et le castor ronge les souches, sans hâte.

Le monde

tant qu’il est

tourne sa roue futile

et entend

l’invitation finale.

D’UN BRIQUET IMAGINAIRE

Autant que nous sommes des illusions

Autant que nous parcourons des temps abrégés

Marqués par des états lents de serpent…

Autant que notre lumière intérieure

Est sur le point de naître

D’un briquet imaginaire

Autant qu’on rie comme des enfants

Entraînés dans un jeu prolongé.

Autant qu’on se permet de gaspiller

Des mois, des années… deux richards inconscients

Trouvés sur un couloir de la mémoire.

Autant qu’on se lutte pour des causes générales

Autant qu’on vainc, autant qu’on gaspille.

Brève rencontre

Tu m’as emmené dans une histoire vraie

et tragique. La vie, la mort, le souffle galactique

dans la nuque, la buée du soir par-dessus le lac, je les ignorais.

Les gens, les voix de la nuit

les coutumes sociales. Tellement dense, presque tangible

l’espionnage de l’âme rajeunie.

Dans un jardin fleuri. Des pétunias,

des caille-lait jaunes dorées, des branches douces, des feuilles fraîches

d’une fête qu’on n’a pas goûtée. J’avais déjà accepté

le miel amer de l’histoire. L’ombre de l’autre,

insolite et magique, veillait sur une rive.

Et entre nous, les années vécues

Faibles, fantomatiques.

UN NOUVEAUZ NOVEMBRE

En souvenir de Gabriela Negreanu

Tu souris ? Un saxophone chante un nouveau novembre.

Gabrielle est au ciel. La lumière de la lune domine la pluie.

Au-dessus les nuages hypocrites .Nos paroles

maladroites.

Quel bonheur. Le monde, quelque part,

enivrant, dans une vie

irresponsable, irascible, colorée.

Tout n’est que des lambeaux, des lambeaux.

Cette fois-ci découpés des revues colorées

De l’ancien grenier, de la mélancolie d’adolescence.

Que je te parle de l’école, près du feu

Des mots répétitifs, illusoires…

Jouis de l’instant même où tu souffres !

La poésie, dépourvue de sens pour toi

émerge grâce à toi.

Tu existes de vrai.

Ton histoire est incompréhensible. En détaillant

le sens cynique de la vie

tu causes de la vie fougueuse…

Une seconde infinie, hautaine.

La rosée du demain

ne nous trouvera pas ensemble.

La vague douce du lac

Ne nous pressentira point et

on ne partagera rien de tout .

Ni le ciel, ni les étoiles filantes

aux lumières mystérieuses et solitaires

qui cherchent quelque chose assurément.

Jouis de la vie ! Une voix morte

crie dans mes oreilles. Jouis-en !

Jouis de l’instant même où tu souffres ! Cette

souffrance est divine, merveilleuse, incomparable…

Moi, je suis mort et perdu, une âme errante,

et toi, autant que possible, souffre…

Exercice de communication

Et maintenant, vis, si tu peux ! Si tu le peux encore,

-c’est ce que tu semble me dire…

Peut-être que tu ne veuilles rien me dire

peut-être que je ne sois même pas

( un exercice de communication, aléatoire)

… quand les feuilles du faux sycomore auraient été rouges, tombées

aux pieds des statues abandonnées

mon âme cherchera l’apaisement

ma voix embrassera de nouveau l’habitude. Accent et voyelle…

tu seras bien loin, exerçant

ta lumière unique dans une aquarelle du nord. Le monde

continuera, confus, illogique, manié, le monde…

mais que m’importe le monde quand j’amène

semée dans mon ventre

ta lumière unique

CLEOPATRA LORINTIU

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