Angela Nache- Mamier: „Dolor“

Sensualité

Hors de mon lit

La chevelure emporte le souvenir.

Jeux des sens-

Petites salamandres fugaces

Au milieu

D’un feu d’herbes sauvages.

Les pupilles rendent compte

Du désordre et de l’aventure,

J’ai un avion dans la tête,

Dans un drôle de nuage

Qui a peur de rentrer au pays .

La mémoire m’embellit,

Le long d’un jardin suspendu

Aux heures du soleil.

Aux meilleures places

Les petites salamandres somnolent,

Dans les herbes rouges et sauvages,

Blotties.

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Le temple de la maison

A mon frère Aurel

Les murs de la maison gardent

La blanche odeur des fièvres domptées,

Des erreurs pardonnées,

Des interrogations qui glissent

Sagement ,

S’allument et fécondent la lumière

Du bonheur,

Pour ceux qui sont sur le seuil

Et le baptisent d’un nom diaphane,

Pour ceux qui cherchent la paix absolue,

Dans l’infini de tas de racines

A fixer,

Se demandent, éblouis,

Qui nous sommes

Du regard, du corps, de l’amour

Sur leurs lèvres chanceuses

Et sur mille et une promesses,

S’aimer pour toujours.

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Reine des casseroles

Capable d’être vive et vivante

Dans ce corps meurtri,

Mon histoire est banale et humaine.

Un poème à lui tout seul

Ne saurait l’exprimer.

Même ridicule, même vaincue,

Je ne suis pas à genoux.

Je caresse les murs, des vases, des bols d’air,

Mes témoins loyaux.

Des arômes de plantes s’élèvent

Dans la petite cuisine.

Je respire fort. Je me remplis de courage,

Reine des casseroles.

Mes yeux sont l’âme, le miroir

Dans lesquels je me laisse surprendre,

Par moi-même ou par vous.

Depuis quelques temps,

Vos paupières fanées

Repoussent mes rêves et mes regards,

Les décapitent cruellement.

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H.L.M. à vie

Dimanche. L’Autorité Suprême

Accorde six heures d’eau chaude

Par appartement.

On a crevé de froid cet hiver

En claquant des dents.

Je m’évaporerais en Afrique,

Le plus loin possible

De leurs maudits commandements.

Le dimanche passe par le détachant.

Des paroles s’arrêtent dans la gorge,

Les silences deviennent

Des travaux forcés

Pour ces mots prêts à jaillir.

Je voudrais savoir ce que j’aime encore

Et ce que j’attends.

L’eau reste chaude, comme promis,

Pour les locataires aux mâchoires serrées.

Sur les lèvres fermées ?

Les gouttelettes infimes de sang

Ont le reflet tragi- comique, impuissant,

D’un sabre rouge en plastique,

Acheté dans la solderie pathétique

Du coin.

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Quotidien

Je dompte les arômes des rêves, des jours.

Les rats qui me piétinent sont là.

L’horizon bouge sous mes paupières humides,

Brûle à titre définitif…

L’existence et son rythme gratuit

Ont des gestes de marionnette.

La vraie vie doit être simplement belle,

Comme les fleurs, les arbres, les pluies.

Quand j’angoisse, j’ai des frissons

Et d’involontaires grimaces.

Cogito ergo sum.

Voilà le Réel de ma vie,

Secrète et abrupte…

Il dévore, affamé,

Ces vérités si profondes,

Que je commence à peine

A vous les dire.

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Bis repetita

Des années « soupes- potages- caddies »

Des années de salaire, de vaisselle,

De ménage,

Des années de sagesse acquise en marche,

Par hasard.

Des années d’adoration aveugle,

De crédulité.

Des années de tabliers autour de la taille,

De collants déchirés,

D’ inutiles bagarres.

Des années de linge propre,

De linge sale.

Des années de bourgeons à la floraison pâle

Et de trahisons,

Des années endolories

A la vie et à la mort.

Des rêves roses, des espoirs joufflus,

Des années ailées , débridées,

Habillées d’amour …

Tout cela est parti un jour en vociférant.

Et soudain

Mes sanglots de femme ,

Ont vidé mon cœur

De son sang bavard,

Palpitant

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Censure

Pour Câtâlin et Dominique,les meilleurs…

Trouver le temps d’écrire

Sur les nostalgies, les temps endiablés.

Oubliée, perdue, moi aussi

Dans le noir

Parmi ces gens ordinaires –

Sage troupeau abasourdi-

Dans des moulages étroits

Qu’on leur trace

Au prix de leur vie,

Je passe souvent mes doigts

Sur les fronts chauds des enfants –

Mes soutiens.

Je saupoudre les gâteaux aux pommes,

J’accomplis mes seules tâches,

Nobles et sûres

Mes rôles, mes certitudes,

De femme et de mère.

Les rêveries s’arrêtent brutalement,

Si amères ,

Ma lyre ne répond plus à l’appel,

Je redescends sur terre.

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Une seule vie

Emmurée dans la tour vieillie

Elle essaie d’ouvrir la voie

A des tas d’illusions.

Ceux qui l’achèvent

Lui arrachent des sanglots.

Coûte que coûte survivre

Aux paroles dites du bout des lèvres

Et du mépris.

Ses pas hésitent mais n’arrêtent pas

De frapper les parois du tunnel fermé.

Ce pays ou l’amour, les vivres,

Les paroles libres galèrent,

Interdits et punis.

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Mal du siècle

Le village séculaire compte

Les mouvements somnolents et discrets

Des flamants ,

Rois absolus du bleu de l ‘étang.

Et pourtant rien ne va plus

Et pourtant

Noires pupilles,

Noirs regards scotchés

A l’écran du Réal- TV .

Contemporain

J’ai mal aux oreilles , j’ai mal à mon âme,

A cette haine au visage inhumain

Salissant,

Si lointaines ,mes neiges d’antan.

J’ai mal à la terre,

Maxi-mal déroutant,

Défilé insensé sur l’écran de l’Avent.

L’Amalgame poignant :

Pistolets,Restos du cœur,flics

Sacs d’argent , trafiquants

Se mêlent pêle-mêle

Aux momies ,à ces presque-vivants.

(Pourtant des nôtres,

Multicolores mendiants)

Leurs regards vides me suggèrent leurs peines.

Leurs battements de leurs cœurs lancinants :

S.O.S-TAM TAM

Dignes appels du néant !

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A l’Est

Des gouttes de pluie dorées

Ornent les tapis.

Malgré ma jeunesse, ma fiche de paye,

Je déchante, j’éprouve des frissons,

Auréolée de tas de soucis.

La peau du visage et des mains

S’enlaidit.

« Avale ta soif énorme de vie ».

Dans la petite pièce obscure,

Les doigts, comme des robots,

Soulèvent les couvercles

De ces tranches de vies

Ephémères.

Je m’ennuie, malgré ma jeunesse.

J’ai envie de tout bousculer

Et de me libérer, comme une furie,

Dans le temple absolu

De la Poésie.

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Rationnement.

300g de pain noir par jour par personne, de la viande quatre fois par an…

Les patates trépassent

Sous une lame argentée.

Je m’ignore, je fais mon devoir

Révolutionnaire.

Je n’ai pas le choix. J’ai si peur.

Qu’on me mette, sans aucune raison,

Au mur des infâmes.

L’huile rincée de la solitude

Fait serrer les dents.

Le sourire, les applaudissements,

Sont obligatoires au programme

De leur règlement intérieur

Pour qu’ils s’éternisent au Pouvoir.

Ils dessinent ce destin hostile

Et hagard

A des heures précises

L’Autorité invisible et suprême crie :

« Vous êtes trop gros ! »

Distribue au pistolet et de force,

D’horribles tickets

De rationnement.

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Tourbillon de rayons

Pour Leïlou,Willyam,Nicolas,Erine,Léo,Iris ,Juliette et les suivants…

L’Homme et la femme

Montent les vieux sentiers

De la montagne,

Larges méandres dans la lumière

Phosphorescente.

L’Homme tient sur l’épaule

Le Fils,

Encercle timidement

Le ventre arrondi de la Femme.

Dans un tourbillon de rayons,

La forêt, bouleversée,

Leur tombe sur les bras.

Des branches longues et douces

Ouvrent le passage

A ces paisibles divinités,

Qui s’éloignent pas à pas,

En lisant les empreintes

De ce long chemin

Qui semblait les attendre…

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Rideau de fer

Dans le paysage d’intérieur,

Le hasard des faits qui te poussent

A crier,

Autrefois à sourire,

Avale la solitude, l’ennui, la chute

Douloureuse dans le vide,

Tâtonne à l’aveugle les lumières

D’un confort minime d’auto- défense

D’une forteresse de ce genre féminin.

Dans cette contrée des pleurs

Aux possibilités infinies,

Je sors sur le balcon , je m’en fiche .

Je bronze ,

Je change de visage dans une chaise longue .

Je laisse les rayons du soleil

S’enivrer de soi.

ANGELA NACHE- MAMIER

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