Adrian Erbiceanu (Canada): „De la Ana la Caiafa / Anna a Caiafa“ (poesie)

Edition „Ardealul”, Târgu Mureş, 2007
Le lancement du volume a été fait le 22 juin 2007 à la Maison BAIULESCU, Brasov, Roumanie 

LE DOUTE FACE À LA TEMPÊTE 

Dans  un monde de plus en plus ’’haletant’’, dans un monde pressé, nerveux, informatisé et matérialiste à l’extrême, Dieu octroie comme des oasis du milieu du désert des gens et des instants pleins de sève, qui nous nourissent en nous enrichissent spirituellement et grâce auxquels on parvient non seulement à reprendre haleine, mais, en outre, à regarder vers le futur, (avec ou sans chauffement global) d’un œil optimiste.

Un tel homme est le ’’dépaysé’’ Adrian Erbiceanu, venu de l’autre rive de l’océan pour affronter la canicule de Brasov propre au solstice d’été et pour nous charmer avec son troisième volume, ’’De Anna à Caiafa’’. C’est un acte de courage, pas seulement à cause de la chaleur étouffante, mais aussi (surtout ’’aussi’’) à cause du fait que l’auteur, qu’il le veuille ou non, enfreint un préjugé esthétique extrêmement tenace, dorloté par les ’’faiseurs d’opinion’’ de la littérature d’aujourd’hui. Essentiellement, ce préjugé affirme ’’Si quelqu’un n’écrit pas sans rime, il n’est pas postmoderne; n’étant pas postmoderne, il n’existe pas (en tant que poète) !’’

Ce cliché,  parfois plus ennuyeux qu’une guêpe nerveuse et  dingue, a en fait la consistance de la  balayure qu’une servante paresseuse autant que bovarique cache sous le tapis. Au fond, pas tous ceux qui enfilent des paroles (souvent dans le dédain ou, plus gravement encore, la méconnaissance de la grammaire élémentaire) sont des Poètes, même s’ils l’affirment. On peut fournir de nombreux contre – exemples. Le plus proche est celui de Gellu Naum, surréaliste, sans que quelqu’un osât lui contester la qualité de poète.

En fin de compte (le raisonnement, emprunté de la musique, appartient à George Enescu) , il n’y a que de la bonne ou de la mauvaise poèsie, n’importe l’époque, le courant ou la génération (si belliqueuse soit-elle).

On vous doit une démonstration, mais c’est au texte de la faire, de soi-même pour ainsi dire. ’’Je sens le vent de l’ombre m’incliner vers le sommeil’’. Comme la langue d’une horloge ou, mieux dit, l’ombre d’un cadran solaire qui s’avance doucement mais implacablement vers le final, l’ego poétique est poussé, incliné (rabaissé , pour ainsi dire) vers le sommeil, donc vers la mort. Le constat (que l’on fait dans ce premier vers du sonnet ’’Seule l’ombre’’) n’engendre pas le désespoir, car le poète assume sa condition tragique sans rancœur (ressentiments) et fatalisme ’’Que sa complexité (de l’ombre n.n.) me domine’’. La même perception de la toute-puissance de l’ombre la possède, dans un autre régistre, Nechifor Lipan, qui à maintes fois dans ’’La Hache’’ affirme, d’un stoicisme propre au seul paysan roumain : ’’Personne ne peut sauter par-dessus son propre ombre’’.

Bien qu’inexorable et peut-être imminente, la mort ne dissout pas, n’abolit, ne réduit pas au néant, car elle n’est que ’’la couche germinative’’ pour la résurrection, ’’la nuit qui ose vers le jour’’. Afin d’éliminer quelque doute que ce soit, le poète nous convie au ’’Lourd mystère’’ du ’’Mot posé sur le mot’’.

Nous avons donc à faire à une poésie authentique, dans la bonne tradition de Ioan Alexandru, mais qui est loin d’être monotone et monocorde, vu que l’ego lyrique joue de plusieurs instruments. On est charmé de découvrir dans la poèsie d’Adrian Erbiceanu, le ’’parfum’’ de Vasile Voiculescu, Radu Gyr ou Ion Pillat, sans même un soupçon d’épigonisme; à des années-lumière loin de la versification stérile et routinière, Adrian Erbiceanu est purement et simplement un poète authentique (je choisis au hasard ’’Signes’’,’’Recherche’’, ’’Telles’’).

Il ne nous reste qu’à lire et bien sûr attendre, car Adrian Erbiceanu ne trahira pas sa vocation réelle, celle de poète de langue roumaine (et dans la langue roumaine), mais vivant dans le creuset multiculturel du frileux Canada.

Où  l’on espère que notre pensée reconnaissante l’accompagne. 

As. univ. drd. Virgil Borcan

Univ. ’’Transilvania’’ Brasov

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