Prof.Dr.Ion Pachia Tatomirescu: „Le Premier Dadaisme – le dadaisme roumain “

Le Dadaïsme: pour la première fois, le Dadaïsme de Bucharest – Gârceni (Roumanie), pour la deuxième fois,

le Dadaïsme Européen de Bucharest – Zürich et pour la troisième fois, la République Mondiale du Dadaïsme

de Bucharest (Roumanie) – Zürich (Suisse) – Paris (France) comme Surréalisme

Le premier Dadaïsme, ou bien, le Dadaïsme de Bucharest – Gârceni (Roumanie).

L’attitude d’avant-garde du dadaïsme, avec un lyrisme programmatique-dessolennisé, avec un langage qu’affronte les normes syntactiques et topiques, elle fait son parition, pour la première fois, dans la Roumanie des ans 1912 – 1915, comme fruit de la collaboration des jeunes poètes, Ion Vinea (Giurgiu-Roumanie, 1895 – 1964, Bucharest-Roumanie) et Tristan Tzara (n. Moineşti-Roumanie, 1896 – m. 1963, Paris-France).

Dans une „phase de quête » en 1912, l’esprit d’avant-garde de très jeunes poètes de Bucharest, Ion Vinea (Ion Iovanachi) et Tristan Tzara (Samyro / Samuel Rosenstock), se manifeste dans l’élaboration et la rédaction de la revue Simbolul / Le Symbole. Ils sont encouragés et aidés aussi par leur ami, le peintre / graphicien Marcel Iancu (celui qui découvre „la pictopoésie », qui assure la „partie graphique » et – comme „banquier de la revue » –, «les fonds nécessaires à la publication» parce qu’il «avait des parents riches» – CrohL, II, 366). Les trois font une très bonne impression à l’élite de la poésie parnassienne-symboliste de Roumanie de cette époque-là, puisqu’à cette revue, au Symbole, collaborent les célèbres poètes de la nouvelle poésie: Alexandru Macedonski, Ion Minulescu, Iuliu Cezar Săvescu, Adrian Maniu, Al. T. Stamatiad, Emil Isac, N. Davidescu, Eugen Stefănescu-Est et beaucoup d’autres. On n’exclue pas, dans cette période de quête de ses collaborateurs remarquables au Symbole, la conaissance d’Urmuz (Demetru Dem. Demetrescu-Buzau: 1883 – 1923), „le précurseur de l’avant-garde / de l’absurde », juge / greffier à la Cour de Cassation, même de 1912 (cf. CPes, 39). Au Symbole, selon Ov. S. Crohmălniceanu, on trouve le jeune poète Tristan Tzara (Samyro – le nom réel du poète est Samuel Rosenstock), «en dévastant tous les accessoires du symbolisme.» (Crohl, II, 366). Les poèmes publiés dans la revue Le Symbole (1912) par Tristan Tzara (alias Samuel Rosenstock), sous le pseudonyme Samyro, sont sous le signe de la quête d’une voix propre. Selon l’observation du critique littéraire Eugen Simion, «l’adolescent de 1912 réintroduit les symboles courants (le cercueil comme messager de la mort, la mer éloignée, le voyageur qui avance sur la rivière de la vie dans la quête des grandes enigmes et de blancs élans, l’éternel et le douloureux plus loin) dans un schéma symboliste lui aussi prévisible (Sur la rivière de la vie); on remarque ici, sans difficulté, des échos des poèmes de Baudelaire insuffisament assimilés; Chant (publié dans Le Symbole, ainsi comme Conte et Danse de fée) apporte l’image du Temps qui pleure en cadence à la fenêtre de sa bien-aimée et de l’amour blanc qui meurt; on n’oublie non plus le symbole de la chiffre trois qui vient de Minulescu…» (SPT, 7 sq.). Avec des poèmes un peu plus audacieux que ceux de son „collègue de rédaction » fait son apparition – dans la revue Le Symbole – Ion Vinea (qui signe avec son nom réel: Ion Iovanachi). Dans un Sonnet – publié au Symbole, no. 2 / 15 novembre 1912, p. 10 (cf. Vop, I, 494): Suprême fleur de l’automne tardif, / S’éveille aux horizons le soleil jaunâtre, / et mystérieusement, comme dans les cellules d’une prison, / Il glisse doucement parmi des brouillards déchirés. // Sa paleur de neige s’étend dans le lointain / Et dans le silence blond des rayons dispersées / Des odeurs de corolles vivantes / Flottent, et viennent nous entourer. // Pareils à des sourires défunts / Sérénités de jours s’écoulent, / Étés passés, s’en vont avec l’azur. / De tristes yeux suivent notre chimère / Regardent vers le ciel les nues qui semblent / De roses galères vers la Cythère. (VOp, I, 127) –, le critique littéraire Şerban Cioculescu constate «une mélancolie un peu conventionnelle, fluence mélodieuse, la maitrise précoce de l’occupation qui caractérise ces vers de débutant habile.» (CAlc, 25). De la même manière „presque classique » sont: le sonnet Lewdness (angl. „débauche » / „dévergondage », „prostitution »), publié dans Le Symbole, no. 3 / 1 décembre 1912, p. 49, au titre changé en Lowness („abjection ») – selon le texte dactylographié du volume de vers préparé en 1956 pour la publication –, sonnet au vers final duquel réverbère, on pourrait dire, d’une maniere d’avant-garde, Un sphinx lascif embrassant le désert… (VOp, I 495 ), la poésie Mer (dont Şerban Cioculescu nous dit qu’elle a des vers «saturés du lexique des romances de Minulescu» – CAlc, 25 –, mais, dans le cas de Vinea, l’influence de Minulescu ne devient pas comme chez Tristan Tzara «influence-obssession» etc. L’analyse des poésies publiées par Vinea et Tzara dans leur première revue, Le Symbole, de 1912, prouve chez tous les deux une qualité particulière de s’approprier la grande leçon de la poésie (parnasienne-symboliste) de leur l’époque. Bien sûr, „le travail de rédaction » au Symbole „fatigue » les deux jeunes poètes / pictopoètes, tout en les déterminant à renoncer à de pareils efforts à la faveur d’un „repos ».

Mais Ion Vinea et Tristan Tzara, les deux jeunes rédacteurs-poètes bucharestois du Symbole de 1912 dans leurs fébriles vacances de „repos lyrique » passees au domaine de Gârceni-Vaslui, entre les années 1913 et 1915 élaborent la strategie d’avant-garde-dadaïste, tout en la concrétisant dans une série de poèmes. Toujours à Gârceni, Ion Vinea trouve pour son ami-poète du Symbole, Samyro, alias Samuel Rosenstock, le nouveau pseudonyme: Tzara; il s’ajoute lui-meme le prenom Tristan; Ion Vinea avoue dans ce sens: «Le pseudonyme Tzara, c’est moi même qui l’ai trouvé, en 1915, pendant un été passé à Gârceni (Vaslui). Il a tellement aimé le nom Tristan qu’on lui a trouvé l’infame calambur Triste-Âne» (VOp, 501).

Pendant leur travail dans la rédaction du Symbole de 1912, les jeunes

Tristan Tzara et Ion Vinea, „fatigués » par les exigences des collaborateurs d’élite, mais aussi par l’élaboration de leurs propres poésies (chez Vinea aussi dans la forme fixe du sonnet), sentent impérieusement „la liberté absolue » de la poésie (de l’art), qui ne respecte aucun „canon », aucune „norme » / „règle »; dans leurs quêtes en ce sens, notamment celles des vacances de 1913 – 1915, passées à Gârceni-Vaslui, Ion Vinea et Tristan Tzara inventent aussi „le jeu avec la poésie » – comme dans le manifeste quelques années plus tard: Prenez un journal. Prenez quelques ciseaux / Choisissez dans le journal un article qui ait la longueur que / vous désirez donner a votre poésie. / Découpez l’article. Découpez aussi, avec attention chaque mot qui / compose l’article et mettez tous les mots dans / un sac. / Agitez doucement. / Faites sortir les mots, l’un apres l’autre, en les rangeant / dans l’ordre de leur sortie. / Copiez-les consciencieusement. / La poésie vous ressemblera. / Vous voila un ecrivain très original / et doué d’une charmante sensibilité…–, „jeu » par lequel les mots puissent entrer dans un mariage sans frontières.

„La découverte » de deux poètes à Gârceni-Vaslui, leur nouvelle poétique d’avant-garde-dadaïste, se concretise dans leurs productions lyriques datant de 1913 – 1915. Chez Tristan Tzara il s’agit des poèmes: Invitation (date: «La forêt Gârceni, 1913» – TzPrim, 43), Le soir descend (date: «1913, Mangalia» – TzPrim, 28), À la périphérie de la ville (date: «1913» – TzPrim, 30), Voix (date: «Bucharest, 1914» – TzPrim, 23), ***Je raconte au jardin… (date: «1914» – TzPrim, 26), La tempête et le chant du déserteur, I, II (poème date : «1914» – TzPrim, 12; la première partie du poème est publié en Chemarea / L’Appel, no 2 / 11 octobre 1915; la deuxième partie, en Azi / Aujourd’hui, an III, 4 octobre 1934), Doutes (date: «1914 – 1915» – TzPrim, 38), Viens avec moi à la campagne (poème date: «Gârceni, 1915» – TzPrim, 15), Chant de guerre (date: «1915» – TzPrim, 18), Cousine, fille de pension (poème publié dans Noua Revistă Română / La Nouvelle Revue Roumaine, vol. XVIII, 11 / 21 – 28 juin 1915), Vacances en province (publié dans Chemarea / L’Appel, no. 1 / 4 octobre 1915) et Dimanche (date: «1915» – TzPrim, 33). Chez Ion Vinea, nous avons dans l’objet de la discussion les poesies: Éternité («publiée dans Seara / Le Soir, an IV, no. 1597 / 30 juin 1914, p. 1» – VOp, I, 497), Fantaisie («publiée dans Seara / Le Soir, an IV, no. 1597 / 30 juin 1914, p. 1» – VOp. I, 498), Chant de nuit («publiée dans Seara / Le Soir, an IV, no. 1639 / 11 août, 1914, p. 3» – VOp. I, 499), Chapitre («publiée dans Seara / Le Soir, an IV, no. 1639 / 11 août 1914, p. 1» – VOp, I, 500), Un bâillement au crepuscul («publiée dans Cronica / La Chronique, an IV, no. 27 / 16 août 1915, p. 531» – VOp, I, 501), Soliloque («publiée dans Cronica / La Chronique, an I, no. 29 / 30 août 1915, p. 569» – VOp, I, 501), Septembre («publiée dans Cronica / La Chronique, an 34 / 4 octobre 1915, p. 540» – VOp, I, 502), La parade du départ («publiée dans Cronica / La Chronique, an I, no. 35 / 11 octobre 1915, p. 684» – VOp, I, 504) et Les étoiles («publiée dans Cronica / La Chronique, an I, no. 39 / 8 novembre 1915, p. 762» – VOp, I, 506). Donc, l’été de 1915, les deux jeunes poètes d’avant-garde-dadaïstes, Samuel Rosenstock – appellé par Ion Vinea, Tristan Tzara – et son „parrain » reviennent de Gârceni-Vaslui à Bucharest, décidés d’entrer sur le „panneau central de la Poésie ».

Ion Vinea et Tristan Tzara s’obstinent à croire que „le jeu des mots » qu’ils ont découvert peut être considéré comme principe poétique / esthétique; les deux s’obstinent de nouveau et publie le premier numero d’une nouvelle «revue littéraire et politique», le hebdomadaire Chemarea / L’Appel, ou ils voulaient faire connaître leurs propres théories esthétiques et productions lyriques, „antiparnasiennes » / „antisymbolistes ». Le premier numero de la revue Chemarea / L’appel «s’ouvre avec un Avertissement incendiaire signé par Ion Vinea, où on proclame „l’abandon de touts les dogmes et ankyloses » et la légifération de la révolte „contre la presse, vacarme immonde, et contre les lecteurs, foule amorfe et brute de victimes honnetes et inconscientes « ». (HDic, 76).

C’est en effet le premier manifeste d’avant-garde-dadaïste. À côté de L’avertissement incendiaire de Ion Vinea, on publié aussi Vacances en province par Tristan Tzara: Au ciel les oiseaux immobiles / Comme les traces des mouches / Des domestiques bavardent au seuil d’étable / Débris des bêtes épanouissent sur la route // Le monsieur en noir passe sur la rue aves sa fille / La joie des clochards au crépuscul / Mais j’ai chez moi un Polichinelle aux clochettes / Pour me sortir de mon chagrin quand tu me trompes // Mon âme est un maçon qui rentre du travail / Souvenir à l’odeur propre de pharmacie / Raconte-moi, vieille servante, ce qui était une fois, / Et toi cousine, éveille mon esprit au chant du coucou // Descendons dans l’abîme / Le Dieu qui s’ennuie / Refflétons-nous dans le lac / Au vert habit de soie // Soyons pauvres au retour / Et frappons à la porte de l’étranger / Au bec des oiseaux dans la croute printanière / Ou bien, n’allons nulle part / Deuil blanc à la vierge du voisin. (TzPrim, 7 sq. HDic, 76). Selon l’observation pertinente de Eugen Simion, le jeune poète de Bucharest, de l’année 1914 / 1915, Tristan Tzara, „humilie les sujets lyriques traditionnels, solennels, mysterieux par des comparaisons d’une banalité soignée; un ravin / abîme est quelque chose qui ressemble au Dieu qui bâille; l’âme est un maçon qui rentre du travail (…), le souvenir a un odeur de pharmacie propre…» (SPT, 9).

Ils sont aussi évidents: „les bruillages » de la syntaxe / topique, „la bifurcation » du complément circonstanciel de lieu (frappons: 1. „à la porte de l’étranger »; 2. „dans la croute printanière »), pour „le glissage » de l’héros lyrique pareille au Beau Prince „au carrefour »; „le dynamitage » de la morphologie de la conte roumaine, la dispersion des mythèmes dans tous les points cardinaux du texte (La Vieille Dame de la conte qui conseille et conduit vers la reussite Le Beau Prince devient „la vieille servante » interrogée sur „l’existence du temps mythique »; L’homme Noir des incantations roumains est remplacé par le monsieur noir avec la fille, „la profanation du ciel », les oiseaux au bec de fer… etc.) pour rendre vraisemblable „au chantier » d’ou revient „l’âme-maçon » au nom du souvenir „a l’odeur de pharmacie » (allusion à sa „décision demyurgique » de „nettoyer comme dans la pharmacie » dans l’espace de la poésie), „choquer le récepteur » par „la profanation » (le ciel aux oiseaux immobiles comme les excréments des mouches; „l’épanouissement des ordures sur la route »; lac – grenouille etc.), „le pouvoir » / „la capacité de dictionnaire » pour la „semaille » des mots dans l’areale du texte – résultat de la méthode „du decoupage du vocabulaire » par les ciseaux d’un article de journal („l’incision du quotidien »), „les attentats d’anti-signification » (reconnues par Tristan Tzara, plus tard – le 30 octobre 1922 –, dans une lettre à Jacques Doucet: «En 1914, déjà j’avais essayé d’enlever aux mots leur signification, et de les employer pour donner un sens nouveau, global au vers par la tonalité et le contraste auditif.» – TzDouce, 166 / v. ChTz-1, 161 sqq.) etc.

Dans le deuxième numero de la revue Chemarea / L’Appel, Tristan Tzara publie aussi le poème L’orage et le chant du déserteur; du volume Les premiers poèmes de Tristan Tzara et L’insurrection de Zurich…, soigné par Saşa Pană, on apprend que le poème date de 1914: La lumière des obuses a éclaté / Et l’éclair a craqué à nos mains… // (…) // Le gel: casse les os, mange la chair / Nous laissons le cœur pleurer // Pourquoi nous glissons le long de la montagne déchirée ? / Les lions hurlant ont declanché l’orage, … // (…) // Il est si sombre que les paroles seulement brillent. // (…) // De bleus morceaux de ciel tombent, / La glace des nuages mord, des tables de givre s’abattent sur la terre / Les arbres s’ondoient comme le navire / Des chauve-souris arracent de blanches pétales de la corolle sélénaire. / Le vent les jete et les écrase. / Seulement pour moi la nuit perd sa beaute, / Seulement pour moi. // Le chant arrêté penser: le gel casse les os mange la chair/ Laisse le cœur pleurer. (TzPrim, 9 sqq.). L’avant-dernier vers, Le chant arrêté penser: le gel casse les os mange la chair, met en evidence la méthode dadaïste de Gârceni-Bucharest de la création du vers par „le découpage aux ciseaux » de l’article de journal, suivi par le découpage des mots, de leur introduction dans le sac (non pas dans le chapeau, pour éviter la tentation de leur lecture et de leur „sélection » avant de les extraire), puis par la légère agitation du sac, par l’extraction des mots du sac et de leur arrangement dans l’ordre de l’extraction. Le poète ne s’occupe plus de poser les conjonctions de coordination / subordination dans la phrase („… casse et la chair mange »), ou du verbe auxiliaire, du passé-composé („le chant est arrêté le penser »), en laissant les mots „dans la topique », dans „la forme » de leur extraction du sac: Le chant arrêté penser: le gel casse les os mange la chair…

La même recette d’avant-garde-dadaïste, découverte par les deux poèts à Gârceni-Vaslui, on trouve aussi dans le poème de Ion Vinea, Un bâillement au crépuscule, écrit pendant l’été de l’année 1913, mais publié dans Cronica / La Chronique – le 16 août 1915 (supra); dans ce poème, Ion Vinea élogie le mysterieux relief de Gârceni-Vaslui, un talus surlequel «Dieu a joué aux échecs / et les Gârceni lui ont échappés, des dés à la vitre ronde», ou la mystérieuse forêt de Gârceni, «nerveuse comme un haras», forêt où Tristan aussi écrit le poème L’appel (TzPrim, 41 – 43); mais Ion Vinea, avec „un plus de raffinement » – donné par le fait qu’il etait „plus âge » („un an et un jour ») que son ami, Tristan Tzara –, il valorifie mieux les resources synesthésiques (des mots des articles de journal / dictionnaire „tires à la pincette du sac »), en gardant là où il est absolument nécessaire, les conjonctions, en surpprenant non pas un Dieu qui bâille la bouche-ravin (cf. Vacances en province par Tristan Tzara), mais un Dieu qui joue aux échecs (inspiration ayant la même source que la comparaison «on va jouer aux échecs comme deux vieux pharmaciens»), du poeme Vient avec moi à la campagne, par Tristan Tzara, un Dieu distrait au lancement des dés etc.: La forêt nerveuse taît comme un haras; son ventre, / valée lisse et ronde entre les collines de givre: femme nue entre moux oreillers. / Couvreuse surnaturelle, le soir étend des ailes de nuages sur les oeufs / de campagne – et sur un talus de l’arrière Dieu a joué aux échecs/ et les Gârceni lui ont échappés, des dés à la vitre ronde. / Depuis une semaine aucun facteur à cheval n’a sonné de son cornet / en revanche, voici, un prêtre-noir chevauche la route restant debout / voici, la distance hurle et s’étend sur un troupeau / voici le vent se pare des sonnailles héritées des ancetres / voici…/ je ne sais plus, peut-etre il fait tard, / puisqu’aux petites fenêtres pareilles à des icones luit la pauvreté / et les foyers du ciel ont tiré leurs volets / les saints ont abandonné sur les nuages leurs pipes et ils se sont couchés avec leur femmes / et les troupeaux bibliques et ennuyés montent, montent, montent, montent sur / le sentier et on frappe du fouet, dia-hue ! et des invectives. (VOp, I, 134). Ion Vinea a gardé dans le secret de son laborateur de Bucharest „le trésor de la poésie d’avant-garde-dadaïste » découverte avec son ami à Gârceni-Vaslui; Tristan Tzara „l’a vendue » à Zürich-Suisse, en échange de la célébrité de son nom.

Le deuxième dadaïsme ou le dadaïsme de Bucharest–Zürich / Paris. On sait qu’en 1916, la Roumanie entre dans la première guerre mondiale. En ne s’exposant pas au danger des bombardements, Tristan Tzara, vers janvier 1916, quitte Bucharest pour la Suisse, le pays „protégé » par les orages de la première conflagration mondiale, en s’établissant à Zürich pour une période où son nom connait une ascension rapide européenne / universelle. Naturellement, le jeune Tristan Tzara amène de Bucharest-Roumanie, à Zürich-Suisse, „la nouvelle esthétique d’avant-garde-dadaïste » élaborée (à Gârceni-Vaslui et Bucharest) avec son ami, Ion Vinea, mais aussi son trésor de nouvelle poésie, en les lançant sur le marché des arts de sa nouvelle résidence, esthétique et poésie qui choque, qui deviennent mode / courent, qui reçoivent dorénavant l’appelation de mouvement dadaïste, de dadaïsme.

L’esthétique / le mouvement d’avant-garde-dadaïste part de Bucharest-Roumanie (de Ion Vinea, Tristan Tzara, Marcel Iancu, B. Fundoianu Ilarie Voronca et d’autres), arrive à Zürich-Suisse (par Tristan Tzara qui le 8 février 1916, dans le Cabaret Voltaire, „baptise » le courent, en présence „de ses principaux adepts » par le nom de dadaïsme – à la „ceremonie » participent Hugo Ball, Hans Arp, Richard Heuelsenbeck et d’autres: Tristan Tzara «introduit au hasard le coupe-papier dans un Larousse et trouve le mot Dada qui est en tête de la colonne de droit et signifie „Cheval, dans le langage des enfants… »; /…/ le courent a été donc nommé Dada; le groupe publie le premier Cabaret Voltaire – juin 1916 –, puis le bulletin Dada – cinq numeros de juillet 1917 à mai 1919 – et finalement Cannibale – 1920» – CPes, 23 sq), et d’ici, à Paris, d’où fait son apparition dans le „circuit de l’universalité », en dévoilant „le revers de la médaille » comme surréalisme. Dorénavant l’histoire d’avant-garde-dadaïste est bien connue (cf. CPes, 23 sqq. / TzPrim, 107 sqq.; TDel, 107 – 115).

Traduction: Eugenia Faur et prof. dr. Dacian Bradua. (Colegiul Naţional C. D. Loga / Colegiul Naţional Bănăţean – Timişoara).

SIGLES:

CAlc = Şerban Cioculescu, Aspecte lirice contemporane, Bucureşti, Editura Casa Şcoalelor, 1942.

ChTz-1 = Caietele Tristan Tzara / Les Cahiers Tristan Tzara, nr. 1, Editura Ion Vinea, Bucureşti, 1998.

ChTz-2 = Caietele Tristan Tzara / Les Cahiers Tristan Tzara, nr. 2 – 4, Editura Ion Vinea, Bucureşti, 2000.

CPes = G. Călinescu, Principii de estetică, Bucureşti, Fundaţia pentru Literatură şi Artă Regele Carol II, 1939.

CrohL, II = Ov. S. Crohmălniceanu, Literatura română între cele două războaie mondiale, vol. II, Bucureşti, Editura Minerva, 1974.

HDic = Ion Hangiu, Dicţionar al presei literare româneşti (1790 – 1982), Bucureşti, Editura Ştiinţifică şi Enciclopedică, 1987.

SPT = Eugen Simion, Primul Tzara, în Caiete critice – revistă lunară de critică literară şi informaţie ştiinţifică (Bucureşti), nr. 4 – 5 (101 – 102) / 1996.

TDel = Ion Pachia Tatomirescu, Dicţionar estetico-literar, lingvistic, religios, de teoria comunicaţiei…, Timişoara, Editura Aethicus, 2003.

TzDouce = Scrisoarea lui Tristan Tzara către Jacques Doucet (Paris, 30 octombrie 1922), publicată / tradusă de Vasile Robciuc în «Caietele / Les Cahiers Tristan Tzara» nr. 1, Editura Ion Vinea, Bucureşti, 1998, pp. 164 – 166.

TzPrim = Tristan Tzara, Primele poeme (cu Insurecţia de la Zürich prezentată de Saşa Pană), Bucureşti, Editura Cartea Românească, 1971.

VOp, I = Ion Vinea, Opere, vol. I – Poezii (ediţie critică şi prefaţă de Elena Zaharia Filipaş), Bucureşti, Editura Minerva, 1984.

ION PACHIA TATOMIRESCU

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