Sensualité
Hors de mon lit
La chevelure emporte le souvenir.
Jeux des sens-
Petites salamandres fugaces
Au milieu
D’un feu d’herbes sauvages.
Les pupilles rendent compte
Du désordre et de l’aventure,
J’ai un avion dans la tête,
Dans un drôle de nuage
Qui a peur de rentrer au pays .
La mémoire m’embellit,
Le long d’un jardin suspendu
Aux heures du soleil.
Aux meilleures places
Les petites salamandres somnolent,
Dans les herbes rouges et sauvages,
Blotties.
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Le temple de la maison
A mon frère Aurel
Les murs de la maison gardent
La blanche odeur des fièvres domptées,
Des erreurs pardonnées,
Des interrogations qui glissent
Sagement ,
S’allument et fécondent la lumière
Du bonheur,
Pour ceux qui sont sur le seuil
Et le baptisent d’un nom diaphane,
Pour ceux qui cherchent la paix absolue,
Dans l’infini de tas de racines
A fixer,
Se demandent, éblouis,
Qui nous sommes
Du regard, du corps, de l’amour
Sur leurs lèvres chanceuses
Et sur mille et une promesses,
S’aimer pour toujours.
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Reine des casseroles
Capable d’être vive et vivante
Dans ce corps meurtri,
Mon histoire est banale et humaine.
Un poème à lui tout seul
Ne saurait l’exprimer.
Même ridicule, même vaincue,
Je ne suis pas à genoux.
Je caresse les murs, des vases, des bols d’air,
Mes témoins loyaux.
Des arômes de plantes s’élèvent
Dans la petite cuisine.
Je respire fort. Je me remplis de courage,
Reine des casseroles.
Mes yeux sont l’âme, le miroir
Dans lesquels je me laisse surprendre,
Par moi-même ou par vous.
Depuis quelques temps,
Vos paupières fanées
Repoussent mes rêves et mes regards,
Les décapitent cruellement.
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H.L.M. à vie
Dimanche. L’Autorité Suprême
Accorde six heures d’eau chaude
Par appartement.
On a crevé de froid cet hiver
En claquant des dents.
Je m’évaporerais en Afrique,
Le plus loin possible
De leurs maudits commandements.
Le dimanche passe par le détachant.
Des paroles s’arrêtent dans la gorge,
Les silences deviennent
Des travaux forcés
Pour ces mots prêts à jaillir.
Je voudrais savoir ce que j’aime encore
Et ce que j’attends.
L’eau reste chaude, comme promis,
Pour les locataires aux mâchoires serrées.
Sur les lèvres fermées ?
Les gouttelettes infimes de sang
Ont le reflet tragi- comique, impuissant,
D’un sabre rouge en plastique,
Acheté dans la solderie pathétique
Du coin.
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Quotidien
Je dompte les arômes des rêves, des jours.
Les rats qui me piétinent sont là.
L’horizon bouge sous mes paupières humides,
Brûle à titre définitif…
L’existence et son rythme gratuit
Ont des gestes de marionnette.
La vraie vie doit être simplement belle,
Comme les fleurs, les arbres, les pluies.
Quand j’angoisse, j’ai des frissons
Et d’involontaires grimaces.
Cogito ergo sum.
Voilà le Réel de ma vie,
Secrète et abrupte…
Il dévore, affamé,
Ces vérités si profondes,
Que je commence à peine
A vous les dire.
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Bis repetita
Des années « soupes- potages- caddies »
Des années de salaire, de vaisselle,
De ménage,
Des années de sagesse acquise en marche,
Par hasard.
Des années d’adoration aveugle,
De crédulité.
Des années de tabliers autour de la taille,
De collants déchirés,
D’ inutiles bagarres.
Des années de linge propre,
De linge sale.
Des années de bourgeons à la floraison pâle
Et de trahisons,
Des années endolories
A la vie et à la mort.
Des rêves roses, des espoirs joufflus,
Des années ailées , débridées,
Habillées d’amour …
Tout cela est parti un jour en vociférant.
Et soudain
Mes sanglots de femme ,
Ont vidé mon cœur
De son sang bavard,
Palpitant
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Censure
Pour Câtâlin et Dominique,les meilleurs…
Trouver le temps d’écrire
Sur les nostalgies, les temps endiablés.
Oubliée, perdue, moi aussi
Dans le noir
Parmi ces gens ordinaires –
Sage troupeau abasourdi-
Dans des moulages étroits
Qu’on leur trace
Au prix de leur vie,
Je passe souvent mes doigts
Sur les fronts chauds des enfants -
Mes soutiens.
Je saupoudre les gâteaux aux pommes,
J’accomplis mes seules tâches,
Nobles et sûres
Mes rôles, mes certitudes,
De femme et de mère.
Les rêveries s’arrêtent brutalement,
Si amères ,
Ma lyre ne répond plus à l’appel,
Je redescends sur terre.
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Une seule vie
Emmurée dans la tour vieillie
Elle essaie d’ouvrir la voie
A des tas d’illusions.
Ceux qui l’achèvent
Lui arrachent des sanglots.
Coûte que coûte survivre
Aux paroles dites du bout des lèvres
Et du mépris.
Ses pas hésitent mais n’arrêtent pas
De frapper les parois du tunnel fermé.
Ce pays ou l’amour, les vivres,
Les paroles libres galèrent,
Interdits et punis.
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Mal du siècle
Le village séculaire compte
Les mouvements somnolents et discrets
Des flamants ,
Rois absolus du bleu de l ‘étang.
Et pourtant rien ne va plus
Et pourtant
Noires pupilles,
Noirs regards scotchés
A l’écran du Réal- TV .
Contemporain
J’ai mal aux oreilles , j’ai mal à mon âme,
A cette haine au visage inhumain
Salissant,
Si lointaines ,mes neiges d’antan.
J’ai mal à la terre,
Maxi-mal déroutant,
Défilé insensé sur l’écran de l’Avent.
L’Amalgame poignant :
Pistolets,Restos du cœur,flics
Sacs d’argent , trafiquants
Se mêlent pêle-mêle
Aux momies ,à ces presque-vivants.
(Pourtant des nôtres,
Multicolores mendiants)
Leurs regards vides me suggèrent leurs peines.
Leurs battements de leurs cœurs lancinants :
S.O.S-TAM TAM
Dignes appels du néant !
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A l’Est
Des gouttes de pluie dorées
Ornent les tapis.
Malgré ma jeunesse, ma fiche de paye,
Je déchante, j’éprouve des frissons,
Auréolée de tas de soucis.
La peau du visage et des mains
S’enlaidit.
« Avale ta soif énorme de vie ».
Dans la petite pièce obscure,
Les doigts, comme des robots,
Soulèvent les couvercles
De ces tranches de vies
Ephémères.
Je m’ennuie, malgré ma jeunesse.
J’ai envie de tout bousculer
Et de me libérer, comme une furie,
Dans le temple absolu
De la Poésie.
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Rationnement.
300g de pain noir par jour par personne, de la viande quatre fois par an…
Les patates trépassent
Sous une lame argentée.
Je m’ignore, je fais mon devoir
Révolutionnaire.
Je n’ai pas le choix. J’ai si peur.
Qu’on me mette, sans aucune raison,
Au mur des infâmes.
L’huile rincée de la solitude
Fait serrer les dents.
Le sourire, les applaudissements,
Sont obligatoires au programme
De leur règlement intérieur
Pour qu’ils s’éternisent au Pouvoir.
Ils dessinent ce destin hostile
Et hagard
A des heures précises
L’Autorité invisible et suprême crie :
« Vous êtes trop gros ! »
Distribue au pistolet et de force,
D’horribles tickets
De rationnement.
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Tourbillon de rayons
Pour Leïlou,Willyam,Nicolas,Erine,Léo,Iris ,Juliette et les suivants…
L’Homme et la femme
Montent les vieux sentiers
De la montagne,
Larges méandres dans la lumière
Phosphorescente.
L’Homme tient sur l’épaule
Le Fils,
Encercle timidement
Le ventre arrondi de la Femme.
Dans un tourbillon de rayons,
La forêt, bouleversée,
Leur tombe sur les bras.
Des branches longues et douces
Ouvrent le passage
A ces paisibles divinités,
Qui s’éloignent pas à pas,
En lisant les empreintes
De ce long chemin
Qui semblait les attendre…
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Rideau de fer
Dans le paysage d’intérieur,
Le hasard des faits qui te poussent
A crier,
Autrefois à sourire,
Avale la solitude, l’ennui, la chute
Douloureuse dans le vide,
Tâtonne à l’aveugle les lumières
D’un confort minime d’auto- défense
D’une forteresse de ce genre féminin.
Dans cette contrée des pleurs
Aux possibilités infinies,
Je sors sur le balcon , je m’en fiche .
Je bronze ,
Je change de visage dans une chaise longue .
Je laisse les rayons du soleil
S’enivrer de soi.
ANGELA NACHE- MAMIER
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